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Alexander Helwig Wyant, entre tonalisme américain et Hudson River School

13 Juillet 2023 , Rédigé par Camille Publié dans #Tonalisme américain, #Artiste

Alexander Helwig Wyant, entre tonalisme américain et Hudson River School

Alexander Helwig Wyant (1836-1892) est l'un des peintres paysagistes américains les plus éminents du XIXe siècle aux États-Unis. Né à Port Washington, dans l'Ohio, Wyant a commencé sa carrière sous l'influence de la Hudson River School, un mouvement qui célébrait la grandeur de la nature américaine à travers des représentations détaillées et romantiques. Cependant, au fil de sa vie, son style a évolué vers le tonalisme, un courant plus introspectif et atmosphérique, marqué par des tons subtils et une quête de l'essence poétique du paysage. Cette transition n'a pas été brutale, mais progressive, influencée notamment par l'École de peinture de Düsseldorf et l'École de Barbizon en France, ainsi que par des artistes comme George Inness, l'un des artistes méconnus de la Hudson River School.

Landscape, Alexander Helwig Wyant - 1865
Landscape, Alexander Helwig Wyant - 1865 - Los Angeles County Museum of Art, États-Unis

Réalisée en 1865 après son séjour en Italie et en France, dans les années 1850, cette œuvre, sobrement intitulée « Landscape » (Paysage), est dotée d'une lumière éclatante qui semble jaillir de la toile. Remarquable par son premier plan baigné d'une luminosité et empli de couleurs vives, cette toile reprend le lointain brumeux déjà observé chez des artistes peintres précurseurs comme Claude Lorrain. Ayant séjourné en Italie, on peut aisément supposer que les œuvres célèbres de Claude Lorrain auront suscité chez Wyant un goût prononcé pour ce style de peinture éthérée en arrière plan. On notera cependant l'absence d'effets de clair-obscur, contrairement aux peintures du maître franco-italien.

La nature se révèle ici sans aspect grandiose ni scène dramatique, mais simplement belle et poétique, autour d'une palette riche de jaunes et verts nuancés. Wyant s'attache à faire figurer des éléments réalistes, comme la texture des troncs et des feuillages des arbres, ou celle plus rugueuse des rochers. Comme à l'accoutumée, chez les peintres de paysage, le ciel occupe près de la moitié du tableau, avec des tons clairs bleutés évoquant une atmosphère sereine. La toile ne cherche pas à éblouir ni n'inspire de crainte face à la nature, mais suggère une attitude contemplative et méditative d'un environnement poétique et empli de tranquillité.

Biographie d'Alexander Helwig Wyant

Alexander Helwig Wyant (1836-1892)Né le 11 janvier 1836 dans une petite ville de l'Ohio, Alexander Helwig Wyant grandit dans un environnement rural qui l'initie tôt à la beauté des paysages naturels.

Issu d'une famille modeste, il commence à travailler jeune comme apprenti dans une imprimerie, mais sa passion pour le dessin le pousse à poursuivre une carrière artistique.

En 1857, il se rend à Cincinnati, où il découvre les œuvres de la Hudson River School exposées dans des galeries locales. Ces peintures, avec leur emphase sur les détails topographiques et la lumière divine illuminant les vastes étendues américaines, l'impressionnent profondément. Wyant décide alors de se consacrer pleinement à la peinture.

Son premier mentor est Nicholas Longworth, un mécène de Cincinnati qui l'encourage et finance ses premiers voyages. En 1860, Wyant rencontre George Inness à New York, un artiste déjà établi qui deviendra une influence majeure. Inness, qui avait récemment séjourné en France et absorbé les principes de l'école de Barbizon, partage avec Wyant des idées sur la représentation plus subjective de la nature. Cette rencontre marque le début d'une évolution stylistique pour Wyant.

Au début des années 1860, Wyant entreprend plusieurs expéditions dans l'Ouest américain, notamment dans les montagnes de Virginie-Occidentale et du Tennessee. Ces voyages inspirent des œuvres comme « Tennessee » (1866), qui reflètent encore le style narratif et pastoral de la Hudson River School.

On retrouve un ciel chargé de nuages, dont certains apparaissent menaçants, annonçant l’imminence d'un orage. Wyant se plait à faire figurer le minéral et le végétal au premier plan, comme dans son œuvre « Landscape » vue précédemment, auquel il ajoute le léger tumulte d'une cascade en pente douce. La scène s'étend dans la profondeur, s'ouvrant sur une plaine au cœur de laquelle serpente une rivière sinueuse respirant la sérénité presque divine. Ce paysage nous remémore ceux des peintres initiateurs du mouvement artistique du fleuve Hudson. Cette influence sous-jacente se traduit par un paysage vaste et empreint d'harmonie entre les composantes terrestres (arbres, rochers, rivière, pelouses) et un ciel masqué par une imposante couverture nuageuse. La menace orageuse contraste avec la nature sublime, livrant une impression de grandeur surpassant l'échelle humaine, dans un paysage sans figure ni trace d'activité d'aucune sorte.

Tennessee, Alexander Helwig Wyant - 1866
Tennessee, Alexander Helwig Wyant - 1866 - Metropolitan Museum of Art, New York,, États-Unis

Cependant, en 1865, Wyant visite l'Europe pour la première fois, où il étudie les maîtres anciens et découvre les paysagistes français. Bien qu'il n'ait pas directement étudié à Barbizon, l'impact de ce mouvement est évident dans son travail ultérieur.

Un tournant décisif survient en 1873, lorsque Wyant subit une attaque cérébrale lors d'une expédition dans les monts Adirondacks. La conséquence sera une paralysie partielle de son bras droit qui l'oblige à peindre de la main gauche, ce qui accélère son virage vers un style plus fluide et moins détaillé. Ses toiles deviennent alors imprégnées de brumes, de lumières diffuses et de tons sourds, caractéristiques du tonalisme américain. Wyant s'installe à New York, où il rejoint l'American Watercolor Society et expose régulièrement. Il décèdera moins de 20 ans plus tard, seulement âgé de 56 ans, le 29 novembre 1892, laissant derrière lui une œuvre qui recouvre deux époques de l'art américain du XIXe siècle.

Un exemple de son changement de style est « Mountain Lake » (1877), rompant avec ses premières compositions lumineuses des années 1860 comme « Landscape » en 1865. Douze années se sont écoulées entre ces deux toiles, lorsque Wyant se voit contraint de peindre de la main gauche cette scène montagneuse. Les détails botaniques sont estompés, de même que les premiers plans précis, laissant place à une vue plus aérienne et des tons sourds. Ces derniers se caractérisent par une proximité des couleurs avec les teintes grises, plus pales et douces. Le résultat est une sensation de calme et de douceur subtile, se fondant avec harmonie dans l'environnement sans capter le regard ni dominer l'espace. Un ciel nuageux chargé de brume semble écraser la scène, où la brume s'étend sur plus de la moité de la toile. Les montagnes à l'horizon sont noyées dans cet effet brumeux où les détails sont à peine suggérés. Les moutons en pâturage au premier plan apportent beaucoup de poésie à cette œuvre pastorale, une impression renforcée par la surface lisse d'un lac encastré entre des falaises. De fines touches blanches sur des fleurs au premier plan retiennent l'attention, invitant le spectateur à la contemplation de ces moutons broutant paisiblement. Aucune figure humaine n'apparait, ni berger ni aucune autre trace de civilisation, laissant place à toute la majesté de la nature incitant à la méditation. Cette scène pastorale nous rappelle que Wyant est issu d'une famille paysanne itinérante.

Mountain Lake, Alexander Helwig Wyant - 1877
Mountain Lake, Alexander Helwig Wyant - 1877 - Yale University Art Gallery, New Haven, États-Unis

L'influence de l'école de Barbizon sur Wyant

L'influence de l'école de Barbizon sur Wyant est subtile mais profonde. Bien que Wyant n'ait pas résidé en France, à l'inverse de George Inness, il absorbe les principes des peintres de Barbizon à travers des reproductions et des discussions. Les artistes de Barbizon, fondés par des figures comme Théodore Rousseau et Jean-François Millet, prônaient une peinture en plein air, avec une attention aux effets atmosphériques et aux tons naturels, loin des compositions idéalisées. Wyant intègre ces éléments, passant d'une précision topographique à une approche plus suggestive, comme dans la toile précédente.

Selon Peter Bermingham, dans son ouvrage American Art in the Barbizon Mood, Wyant est influencé par John Constable et Théodore Rousseau, qu'il étudie lors de ses voyages en Europe. Ces maîtres l'incitent à utiliser une palette de blancs, gris et tons terreux pour évoquer une humeur poétique. Charles Caffin, un critique d'art, décrit les peintures de Wyant comme :

[...] une recherche du côté spirituel et poétique de la nature à travers une simplification expressive de la composition et du ton.

— Charles Caffin, Critique sur Wyant Alexander Helwig Wyant

Cette influence se manifeste dans la transition de Wyant vers le tonalisme, où l'atmosphère prime sur le récit. La galerie Spellman, à New York, abordant la paralysie de Wyant le contraignant à peindre de la main gauche, précise que :

[...] cela l'a conduit à un style plus libre, à un ton plus léger et à une technique plus souple, qui correspondaient tous au goût croissant du public américain.

— Spellman Gallery, Alexander Helwig Wyant

La place de Wyant dans le tonalisme américain

Le tonalisme américain, émergent dans les années 1870-1880, se caractérise par des tons sourds, des compositions simplifiées et une emphase sur l'humeur émotionnelle. Wyant est considéré comme un pionnier de ce mouvement, aux côtés de George Inness et de Homer Dodge Martin. Contrairement à la Hudson River School, qui célébrait la « wilderness » américaine comme un paradis divin, le tonalisme explore l'intériorité humaine à travers le paysage.

Les œuvres tardives de Wyant, comme « Driving Mists » ou « Moonlight and Frost », illustrent cette aspect, avec des scènes enveloppées de brume et des lumières subtiles qui évoquent la mélancolie et la contemplation. Dans « Moonlight and Frost » (entre 1890 et 1892), en français Clair de lune et gelée, les tons sourds sont portés à leur paroxysme, avec des couleurs largement estompées tirant sur les nuances de gris. Plus aucun détail ne subsiste, pour une scène nocturne où l'éclat de la lumière lunaire filtre à travers des nuages. Les verts fades de la nature rejoignent les teintes gris cendrées de la forêt, délivrant une sensation de froid intense. La toile laisse transparaitre un sentiment de fragilité que pourrait ressentir un humain dans cet environnement que le froid rend hostile, invitant à une introspection sur la place de l'homme.

Moonlight and Frost, Alexander Helwig Wyant - 1890-1892
Moonlight and Frost, Alexander Helwig Wyant - 1890-1892 - Brooklyn Museum, New York, États-Unis

Wyant utilise des techniques comme le glacis pour créer des effets lumineux, influençant des artistes ultérieurs comme John Henry Twachtman. Sa place dans le tonalisme est confirmée par des expositions comme celle du New York State Museum en 2020, Tonalism: Pathway from Hudson River School to Modern Art, qui met en lumière la transition de Wyant entre ces mouvements artistiques.

Les liens avec la Hudson River School

Wyant commence sa carrière fermement ancré dans la Hudson River School, un mouvement fondé par Thomas Cole et Asher Durand, qui idéalise les paysages américains pour refléter des thèmes moraux et nationaux. Ses premières toiles, comme Split Rail Fence, suivent cette tradition avec des compositions narratives et des détails précis. Cependant, dès les années 1870, Wyant s'en éloigne, influencé par son accident et ses études européennes.

Il conserve l'amour pour les paysages de l'Est américain, dont les montagnes Adirondacks ou la vallée de l'Hudson, mais les traite avec une sensibilité tonaliste. Cette évolution marque la fin de la dominance de la Hudson River School et l'émergence d'une peinture plus moderne, préfigurant l'impressionnisme américain.

Les œuvres de Wyant dans les grands musées

Les œuvres de Wyant sont conservées dans plusieurs grands musées, témoignant de son importance. Au Metropolitan Museum of Art de New York, « Mohawk Valley » (1866) illustre sa phase Hudson River, avec ses panoramas détaillés. Le Smithsonian American Art Museum à Washington détient plusieurs toiles, dont des études impressionnistes d'automne dans les Adirondacks, soulignant son style tardif.

Le Brooklyn Museum possède des paysages tonalistes comme « An Old Clearing », exposés pour leur atmosphère poétique. À l'international, le Musée d'Orsay à Paris, bien que focalisé sur les Français, référence Wyant dans des expositions sur les influences transatlantiques, notamment avec l'école de Barbizon. D'autres institutions comme le Museum of Fine Arts de Boston et la National Gallery of Art incluent Wyant dans leurs collections d'art américain du XIXe siècle. Ces musées soulignent la contribution de Wyant à l'évolution de la peinture paysagiste, de la représentation littérale à l'expression émotionnelle.

An final, Alexander Helwig Wyant incarne la transition de l'art américain vers une modernité plus introspective. Influencé par l'école de Barbizon, il élève le tonalisme au rang de mouvement majeur, tout en honorant ses racines dans la Hudson River School. Ses toiles, visibles dans les plus grands musées, continuent d'inspirer par leur subtilité et leur poésie. Wyant nous rappelle que la nature n'est pas seulement un décor, mais un miroir de l'âme humaine.

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