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Martin Johnson Heade, l'art du paysage de la Hudson River School

13 Octobre 2023 , Rédigé par Camille Publié dans #Hudson River School, #Artiste

Martin Johnson Heade, l'art du paysage de la Hudson River School

Martin Johnson Heade est l'un des peintres américains les plus fascinants du XIXe siècle. Associé à la Hudson River School, une école d'artistes peintres déconcertants de talent, il a su imprégner son œuvre de toute la beauté de la nature avec une sensibilité exacerbée, mêlant le réalisme au luminisme prégnant aux États-Unis dès les années 1850.

Né en 1819 et décédé à l'âge de 85 ans en 1904, Heade a produit une œuvre hétérogène, allant des paysages de marais salants aux natures mortes exotiques mettant en scène des orchidées et des colibris. Ses contributions majeures à l'art américain se composent de toiles exaltant la lumière et la profondeur des couleurs.

Florida Sunrise, Martin Johnson Heade - 1890
Florida Sunrise, Martin Johnson Heade - 1890 - White House, Washington, États-Unis

La richesse de sa palette est parfaitement illustrée dans cette œuvre « Florida sunrise » (1890), un Lever de soleil en Floride dans lequel M.J. Heade exploite un large panel de coloris (tons dorés, cuivrés, rougeâtres, bleuâtres) sur la surface de l'eau. Le ciel occupe la moitié de la toile et réunit de nombreuses teintes, avec des gris-bleus et des jaunes orangés, apportant un cachet romantique dans une atmosphère sereine. Cette peinture résonne comme une véritable ode à la beauté de la nature dans toute sa splendeur. Heade avait la réputation de voyager sans cesse à la recherche des vues de paysage les plus remarquables.

Lire l'article : L'engouement pour la nature en peinture à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle, une prise de conscience artistique

Biographie de Martin Johnson Heade

Martin Johnson Heade (1819-1904)Martin Johnson Heade naît le 11 août 1819 à Lumberville, en Pennsylvanie, dans une famille de fermiers et de propriétaires d'une scierie.

Dès son jeune âge, il montre un intérêt pour la peinture. Il apprend l'art pictural auprès de peintres locaux et voyage en Europe pour parfaire sa formation artistique, comme beaucoup d'autres peintres américains.

En 1839, il expose pour la première fois à la Pennsylvania Academy of the Fine Arts à Philadelphie à seulement 20 ans.

Sa carrière de peintre est marquée par une grande mobilité, à la fois sur le continent américain mais aussi outre-atlantique. Heade voyage allègrement aux États-Unis, en Europe et en Amérique du Sud. En 1863, il se rend au Brésil, où il peint des oiseaux tropicaux, notamment des colibris mais aussi des orchidées, impressionné par la richesse et les couleurs de la flore tropicale. Ces voyages enrichissent son art, développant son répertoire thématique et stylistique, comme l'atteste son œuvre insolite « Cattleya Orchid and Three Hummingbirds » (1871), en français « Orchidée Cattleya et trois colibris ».

Cattleya Orchid and Three Hummingbirds, Martin Johnson Heade - 1871
Cattleya Orchid and Three Hummingbirds, Martin Johnson Heade - 1871 - National Gallery of Art, Washington, États-Unis

Dans les années 1850, Heade s'installe à New York et intègre le Tenth Street Studio Building, un hub pour les artistes de l'école de l'Hudson River. Bien qu'il ne soit pas un membre fondateur, ses œuvres paysagistes l'associent à ce mouvement. Plus tard, il s'établit en Floride, à St. Augustine, où il passe les dernières décennies de sa vie, produisant des œuvres inspirées par les marais et les paysages côtiers.

Heade décède le 4 septembre 1904. Son œuvre, redécouverte au XXe siècle, est aujourd'hui célébrée pour son originalité.

Avec le recul, bon nombre d'historiens d'art estiment que M.J. Heade n'appartient pas, à proprement parler, à l'école de l'Hudson River, alléguant que seulement 40% de ses œuvres sont des paysages, parmi lesquelles une sur quatre se rapproche de la tradition artistique de cette école. Comme le note Theodore Ellis Stebbins, Jr., historien de l'art et conservateur américain, sur le site dédié à M.J. Heade (traduit en français) :

Heade avait moins d'intérêt pour les vues topographiquement précises que les peintres de la rivière Hudson, et se concentrait plutôt sur l'humeur et les effets de la lumière. [...] Si les peintures du rivage ainsi que les compositions plus conventionnelles pourraient conduire à penser à Heade comme un peintre de l'école de la rivière Hudson, les scènes de marais indiquent clairement qu'il ne l'était pas.

— martin-johnson-heade.org, Martin Johnson Heade Biography In Details, Stylistic classification

En effet, son œuvre « Les marais à Rhode Island » (1866) s'attache davantage à restituer une atmosphère poétique et calme dans ce paysage pittoresque de l'île de Rhode, un joyau de la Nouvelle-Angleterre loué pour sa providence. Heade est loin ici de signifier le caractère sublime et menaçant des paysages grandioses américains, mais se concentre sur l'atmosphère sereine d'une scène pastorale plutôt romantique.

The Marshes at Rhode Island, Martin Johnson Heade - 1866
The Marshes at Rhode Island, Martin Johnson Heade - 1866 - Musée Thyssen-Bornemisza, Madrid, Espagne

Néanmoins, on pourrait rétorquer que 10% de ses œuvres s'inscrivent bel et bien dans la tradition artistique de l'école de l'Hudson River, et que ce peintre d'exception reste avant tout un artiste éclectique avec 90% de ses toiles de peintures explorant d'autres horizons picturaux.

Le style artistique et les influences

Heade serait donc plutôt classé dans le luminisme que dans la Hudson River School, un mouvement romantique américain du XIXe siècle qui met l'accent sur les paysages grandioses de la vallée de l'Hudson. En effet, certains critiques le considèrent comme un luministe, une branche qui privilégie les effets de lumière subtils et atmosphériques.

Son style se caractérise par une attention minutieuse aux détails, une palette lumineuse et une composition équilibrée. Contrairement à d'autres peintres de cette école comme Thomas Cole ou Frederic Edwin Church, Heade préfère les scènes intimes de marais, orages imminents, fleurs exotiques.

Influencé par ses voyages, Heade intègre des éléments tropicaux dans son art, fusionnant le réalisme américain avec une touche d'exotisme. Ses natures mortes, uniques pour l'époque, montrent une fascination pour la botanique et l'ornithologie.

Orchids, Passion Flowers and Colibris, Martin Johnson Heade - XIXe siècle
Orchids, Passion Flowers and Colibris, Martin Johnson Heade - XIXe siècle

Ses natures mortes, telles que celles avec des colibris et des orchidées, sont uniques. Elles combinent précision scientifique et beauté poétique, influencées par ses séjours en Amérique du Sud.

Œuvres principales

Parmi les œuvres de Heade qui se distinguent, « Approaching Thunder Storm » (1859) est un chef-d'œuvre luministe. Ce tableau dépeint un lac sombre sous un ciel menaçant, avec une lumière dramatique qui annonce l'orage. Il est conservé au Metropolitan Museum of Art.

Dans ses séries de marais, comme « The Great Florida Marsh », Heade fait reluire la tranquillité des paysages côtiers avec une maîtrise de la lumière naissante. Il joue avec les reflets sur une eau calme, apportant un soin particulier à la texture des troncs d'arbres, célébrant l'harmonie et la quiétude de l'environnement naturel. Cette toile est une invitation à la méditation sur l'équilibre de la nature sans présence humaine ni aucun aménagement. Son style de peinture est ici plus proche de l'école française de Barbizon que de celle de l'Hudson River, où la nature se suffit à elle-même.

The Great Florida Marsh, Martin Johnson Heade - 1886
The Great Florida Marsh, Martin Johnson Heade - 1886 - North Carolina Museum of Art, Raleigh, États-Unis

Un ciel occupant plus de la moitié de la toile, des nuages lumineux côtoyant des masses nuageuses plus sombres, des teintes ocres et terreuses, une scène pastorale figurant des vaches et deux meules de foin dressées sur une vaste plaine marécageuse, et une étendue d'eau reflétant les différents éléments de la scène, sont autant d'ingrédients démontrant le caractère éclectique des peintures de Martin Johnson Heade.

C'est notamment le cas dans « Haystacks » (1871-1875), « Les meules » en français, une toile conservée au Crystal Bridges Museum of American Art à Bentonville aux États-Unis.

Haystacks, Martin Johnson Heade - 1871-1875
Haystacks, Martin Johnson Heade - 1871-1875 - Crystal Bridges Museum of American Art, Bentonville, États-Unis

Une autre œuvre notable est « Rhode Island Shore », qui illustre son talent pour les marines et les effets de lumière sur l'eau.

L'héritage de Martin Johnson Heade

L'œuvre de Heade a été redécouverte dans les années 1940, grâce à des historiens de l'art comme Theodore E. Stebbins Jr. Aujourd'hui, ses tableaux sont exposés dans des musées majeurs comme le Metropolitan Museum of Art, le Museum of Fine Arts de Boston et le National Gallery of Art.

Son influence se voit dans l'art moderne, particulièrement dans le réalisme magique et l'art environnemental. Heade est reconnu pour avoir anticipé des thèmes écologiques en dépeignant la nature avec respect et moult détails.

Martin Johnson Heade reste un pilier de l'art américain, dépassant le romantisme de la Hudson River School avec une vision plus intime et lumineuse de la nature. Son œuvre invite à la contemplation et à l'appréciation de la beauté naturelle, un message toujours pertinent aujourd'hui.

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