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La liberté d'association en France, un essor tumultueux au XIXe siècle

15 Septembre 2025 , Rédigé par Camille

La liberté d'association en France, une naissance tumultueuse au XIXe siècle

Un regard sur les origines de la liberté d'association en France, née au cœur du XIXe siècle et marquée par des répressions et des luttes artistiques et littéraires pour la défense des droits citoyens, que nous avons choisi de célébrer aujourd'hui.

An sein de l'association PAIP'Art, nous prenons la mesure de l'importance du bénévolat, sans lequel notre initiative en faveur de la recherche médicale ne pourrait pas se pérenniser. Bien que depuis 2020, l'engagement bénévole soit moins vigoureux. Pourtant, la liberté associative, dont dépend le bénévolat, a été obtenue de haute lutte, en parallèle de la liberté d'expression, à la fin du XIXème siècle.

Lire l'article : La situation du bénévolat aujourd'hui en France

Dessin caricaturiste représentant Napoléon III en Rocambole, d'André Gill paru dans la revue La Lune, 1866
Dessin caricaturiste représentant Napoléon III en Rocambole, d'André Gill paru dans la revue La Lune, 1866

Le portrait authentique de Rocambole par André Gill, une satire impitoyable de Napoléon III

Le dessin satirique d'André Gill intitulé "Portrait authentique de Rocambole", dépeint Napoléon III sous les traits d'un aventurier fictif, un symbole de la critique acerbe de la presse comique au XIXe siècle.

Au cœur du Second Empire, période de censure extrême et de surveillance accrue, les caricaturistes comme André Gill osent défier l'autorité par l'humour graphique. Son dessin "Portrait authentique de Rocambole", publié en 1866 dans la revue La Lune, représente Napoléon III sous les traits de Rocambole, le célèbre aventurier créé par Pierre-Alexis Ponson du Terrail. Ce portrait n'est pas seulement une œuvre d'art, mais un acte de résistance contre le régime impérial, utilisant la satire pour dénoncer l'empereur comme un personnage de roman-feuilleton absurde et manipulateur.

André Gill (1840-1885), de son vrai nom Louis-Alexandre Gosset de Guines, est un maître de la caricature française du XIXe siècle. Collaborateur régulier de revues satiriques telles que La Lune et L'Éclipse, il excelle dans l'art de transformer les figures publiques en objets de moquerie. Rocambole, héros (ou anti-héros) des romans populaires de l'époque, incarne l'archétype du criminel rusé et invincible, souvent impliqué dans des intrigues rocambolesques, un jeu de mots sur son nom qui signifie "extravagant".

En dépeignant Napoléon III en Rocambole, André Gill suggère que l'empereur, avec ses coups d'État et ses aventures politiques, n'est qu'un aventurier en quête de gloire, masquant ses faiblesses sous une façade héroïque. C'est d'ailleurs l'image que l'on retient de Napoléon III, encore aujourd'hui ... Ce dessin apparaît dans un contexte où la presse comique est sous le coup de saisies fréquentes. L'Éclipse, fondée en 1868, mais avec des précurseurs antérieurs comme La Lune, est emblématique de cette lutte pour la liberté d'expression et la liberté d'association.

Le dessin, en couleur sur fond noir, montre (pour la moitié droite de la tête) un homme au chapeau melon, vêtu d'un vêtement ample tel un dandy, avec une moustache proéminente et un regard malicieux, traits caricaturaux évidents de Napoléon III, reconnaissable sur la partie gauche du visage. Rocambole est représenté en pose théâtrale, un poignard à la main, évoquant les scènes d'action des romans. L'arrière-plan minimaliste met l'accent sur le portrait, renforçant l'ironie. L'empereur, censé être un dirigeant solennel, est réduit à un bandit de foire.

Cette œuvre, conservée dans les collections publiques, illustre parfaitement le style de André Gill, à savoir des lignes dynamiques, des exagérations faciales et un humour piquant qui traverse les âges.

Ce portrait n'est pas un cas isolé. Il s'inscrit dans une série de caricatures anti-impériales qui contribuent à l'érosion de la légitimité de Napoléon III. André Gill, comme d'autres artistes tels que Honoré Daumier, utilise l'art pour contourner la censure, transformant la répression en source d'inspiration. Malgré les risques (amendes, prison et interdictions pour les revues) ces œuvres nourrissent le débat public et préfigurent la chute du Second Empire en 1870.

Au XIXe siècle, la France oscille entre révolutions et régimes autoritaires, forgeant dans le feu des luttes sociales et politiques le droit fondamental à l'association. Née des idéaux de la Révolution française, cette liberté émerge comme un pilier de la démocratie, mais elle est immédiatement contestée par des lois répressives.

Des associations citoyennes aux revues satiriques, en passant par les plumes rebelles d'écrivains et les coups de crayon des caricaturistes, explorons ce combat pour le regroupement libre et l'expression citoyenne sans entraves.

Les origines historiques, la première reconnaissance du droit d'association

La toute première reconnaissance formelle du droit d'association en France remonte à la loi du 21 août 1790, adoptée par l'Assemblée constituante. Ce texte consacre aux citoyens le droit de s'assembler paisiblement et de se grouper librement, à condition de respecter les lois existantes. Bien que révolutionnaire, cette mesure est rapidement tempérée par des décrets restrictifs, comme le décret d'Allarde du 2-17 mars 1791 qui supprime les corporations, considérées comme des formes primitives d'associations professionnelles.

Au fil du siècle, des initiatives citoyennes voient le jour malgré les obstacles. Parmi les précurseurs, la Société des droits de l'homme et du citoyen, fondée en 1833, incarne l'esprit associatif naissant, regroupant des républicains pour défendre les libertés publiques.

Les associations de citoyens au XIXe siècle et leur répression sous les régimes autoritaires

Le XIXe siècle est marqué par une effervescence associative, particulièrement parmi les classes ouvrières et les intellectuels. Des sociétés mutualistes et des clubs politiques émergent, comme les unions ouvrières des années 1830-1840, qui visent à protéger les droits des travailleurs. Cependant, ces groupements sont férocement réprimés par les régimes successifs.

Sous la Restauration et surtout le Second Empire, l'article 291 du Code pénal de 1810 devient l'arme principale de répression : « Nulle association de plus de vingt personnes, dont le nombre pourra en augmenter les moyens, ne pourra se former sans l'agrément du gouvernement. ».

Des associations comme la Société des saisons (1839), tentant un soulèvement républicain, sont dissoutes et leurs membres emprisonnés. Napoléon III, craignant les coalitions, maintient cette surveillance étroite, interdisant toute forme de regroupement perçu comme subversif.

Un bref survol de la répression contre la liberté d'expression

Parallèlement à la répression associative, la liberté d'expression subit un sort similaire. La Révolution française avait proclamé en 1789, dans l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, que « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ». Pourtant, dès 1791, la loi Le Chapelier bannit les pétitions collectives, et sous l'Empire, la censure s'intensifie.

Au XIXe siècle, les régimes autoritaires (Restauration, Monarchie de Juillet, Second Empire) multiplient les saisies de presse et les procès pour outrage à l'autorité. La loi de 1819 sur la presse restreint les publications, tandis que sous Napoléon III, plus de 100 journaux sont supprimés entre 1852 et 1860. Cette répression étouffe les voix dissidentes, mais nourrit une résistance souterraine.

Le cadre historique de l'émergence du droit associatif

L'émergence du droit associatif s'inscrit dans un contexte de luttes ouvrières et de libéralisation progressive, avec le soutien d'intellectuels. La loi Ollivier du 25 mai 1864 abolit le délit de coalition hérité de la loi Le Chapelier, autorisant les associations ouvrières. Ce jalon ouvre la voie à la loi du 1er juillet 1901, qui consacre enfin la liberté d'association sans autorisation préalable, marquant l'aboutissement d'un siècle de combats intenses et périlleux.

Dans De la démocratie en Amérique (1835-1840), Alexis de Tocqueville souligne le rôle politique des associations comme rempart contre la tyrannie :

Les associations sont un moyen puissant que la société moderne a de se donner un gouvernement sans recourir à la violence et à la contrainte des lois.

Pierre-Joseph Proudhon, dans Idée générale de la Révolution au XIXe siècle (1851), défend l'association comme base de la liberté économique :

L'association est la forme supérieure de la liberté ; elle est l'anarchie organisée, le triomphe de l'individu sur l'État.

L'art et la littérature, des armes pour la liberté associative et d'expression

Les artistes du XIXe siècle transforment la répression en source d'inspiration. André Gill, caricaturiste emblématique, dessine des illustrations pour La Lune puis L'Éclipse, revue comique hebdomadaire fondée en 1868 par François Polo. Successeur de La Lune, ce journal satirique, malgré les saisies répétées, dénonce l'hypocrisie du Second Empire à travers des gravures et lithographies mordantes. André Gill y dépeint Napoléon III en pantin ridicule, symbolisant la lutte pour la liberté d'expression (image en haut de page).

Parmi les musées, le Musée Carnavalet à Paris conserve des œuvres de André Gill, comme ses portraits satiriques exposés dans les collections du XIXe siècle, témoignant de cette résistance graphique.

Arthur Rimbaud, poète adolescent rebelle, incarne la liberté d'expression poétique contre l'ordre établi. Dans ses Cahiers de Douai (1870), il raille l'Empire et l'Église, aspirant à une « liberté libre » anticléricale et sociale. Rimbaud, influencé par les cercles littéraires parisiens, rejoint indirectement le combat associatif via les poètes communards comme Louise Michel.

D'autres figures s'illustrent : Honoré Daumier, avec ses lithographies pour Le Charivari, critique les injustices sociales ; Gustave Courbet, peintre réaliste, fonde en 1855 la Société des amis des arts pour contourner les salons officiels ; Victor Hugo, exilé pour ses écrits, défend dans Les Châtiments (1853) la liberté contre la censure.

Lire l'article : Les origines de la critique sociale en peinture, de Goya à Daumier

Dans Les Misérables (1862), Victor Hugo évoque les sociétés secrètes comme formes embryonnaires d'associations libres :

La liberté commence où l'ignorance finit.

Lire l'article : L’Art comme tribunal sociétal, une série sur l’engagement artistique contre les inégalités

En cette seconde moitié du XIXème siècle, le caricaturiste le plus en vue reste sans conteste André Gill, sans vouloir offenser ses feus contemporains de grand talent. Ses dessins occupent la Une de revues satiriques comme La Lune et L'Eclipse. Dans La situation du bénévolat aujourd'hui en France, nous reprenons une caricature célèbre d'André Gill dénonçant l'article 291 du code pénal de 1810.

Les répercussions de la liberté associative à l'étranger

Les luttes françaises inspirent l'Europe et le monde. En Angleterre, déjà avancée avec les trade unions depuis 1824, mais aussi en Belgique où la loi Ollivier de 1864 influence les réformes syndicales belges de 1866. Aux États-Unis, Tocqueville popularise le modèle associatif américain comme contre-exemple à la centralisation française. En Italie et en Espagne, les exilés républicains français propagent l'idée d'associations politiques, contribuant aux mouvements unificateurs du Risorgimento (unification italienne).

Cette diffusion culmine avec la Première Internationale (1864), fondée par des ouvriers français, qui exporte le principe associatif ouvrier à l'échelle mondiale.

Faire vivre la liberté associative

Chez PAIP'Art, nous célébrons ces pionniers de la liberté en soutenant, par l'art, des causes humanitaires comme la recherche sur les maladies rénales rares.

Lire l'article : L’art en soutien de la recherche

L'association reste un vecteur essentiel de solidarité. Un outil de réforme et de progrès social, mais aussi de progrès médical, dont les citoyens d'aujourd'hui auraient bien tord de se passer ... Tout comme sous les monarchies du XIXème siècle, l'art est au service des citoyens.

Lire l'article : Quelle est la mission de l'art ?

Les artistes contemporains, Sereirrof, Jame Saurel, Guy Lanchais, Mathilde Causse et tous les autres, qui soutiennent notre association, agissent en dignes successeurs de personnages célèbres et engagés, à l'image de André Gill, Honoré Daumier, Arthur Rimbaud ou encore Louise Michel.

Ces derniers ont été capables de "faire bouger les choses". Nous devons, nous aussi, en dignes héritiers des acteurs des luttes du XIXème siècle, être en mesure de faire avancer notre cause caritative en faveur de la recherche médicale.

Huile sur toile, art figuratif, Sereirrof
Huile sur toile, art figuratif, Sereirrof

Ci-dessus : Portrait à l'huile sur toile, art figuratif, Sereirrof.

Ainsi, l'achat d'une œuvre d'art dans notre boutique de vente en ligne d’œuvres d'art est, plus que jamais, un acte citoyen, pour un soutien aux patients et à la recherche médicale, mais aussi un moyen de faire vivre la liberté associative obtenue par une détermination sans faille au XIXème siècle.

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