Après avoir évoqué, dans un précédent article, une peinture rupestre en Indonésie datée de plus de 50 000 ans, notre série sur l'histoire de la peinture nous emmène dans l'Est et le Sud du Maroc, et jusqu"aux frontières avec la Mauritanie. Mais aussi dans le Tassili au Sud de l'Algérie et en Tunisie, où les artistes ont légué aux générations suivantes un patrimoine exceptionnel, témoins d'une époque totalement révolue.
Comme on le verra, le Maroc est riche de plus de 500 sites archéologiques où les peintures rupestres et l'art rupestre se présentent comme un « musée du monde d’avant », hérité des ancêtres des Berbères.
Le Tassili n'Ajjer, au Sud de l'Algérie, s'affiche comme un « trésor d'art préhistorique trop peu connu », surnommé le « plus grand musée d'art préhistorique du monde ». Enfin la Tunisie dévoilera l'art rupestre berbère, documenté par des spécialistes de l'histoire des Berbères.
Un fabuleux voyage dans l'intimité des grottes et parois rocheuses de l'art pariétal, lieux des premières expressions artistiques des artistes de la préhistoire, véritables œuvres d'art, dont certaines de ces représentations remontent à plus de 40 000 ans ...
Aux origines de la peinture, les peintures rupestres de la préhistoire en Afrique du Nord
Les peintures rupestres de la préhistoire constituent les premières expressions artistiques humaines documentées, témoignant d'une créativité innée que l'on retrouvera dans toutes les époques.
Les artistes maitrisaient déjà les proportions, et nous transmettent des informations précieuses sur la faune établie dans cette région à l'Est du Maroc, près de la frontière avec l'Algérie, qui est aujourd'hui une région aride.
En Afrique du Nord, ces œuvres, souvent gravées ou peintes sur des parois rocheuses, révèlent un héritage culturel profond, largement attribué aux populations berbères anciennes. Ces manifestations artistiques, datant de plus de 40 000 ans pour les plus anciennes, illustrent non seulement des scènes de vie quotidienne, de chasse et de rituels, mais aussi des adaptations environnementales dans un site autrefois verdoyant.
L'art rupestre au Maroc, un patrimoine diversifié
Le Maroc abrite une richesse exceptionnelle d'art rupestre, particulièrement dans ses régions méridionales et orientales. Ces sites, souvent situés dans des environnements désertiques ou montagneux, offrent des connaissances précieuses sur les sociétés préhistoriques.
Dans le Sahara marocain, les gravures du Hank, explorées en 1939 par Odette du Puigaudeau (1894-1991, ethnologue française et aventurière féministe qui a exploré le Sahara) et Marion Sénones (1886-1977, artiste peintre, illustratrice, journaliste et exploratrice française, ancienne élève des Beaux-Arts de Rennes), mettent en évidence une faune variée incluant bovidés, antilopes, éléphants et autruches (1).
Ces représentations, réalisées par piquetage ou incision, suggèrent un climat plus humide durant le Néolithique, favorisant une biodiversité aujourd'hui disparue. L'art pariétal est ainsi un moyen de rétablir des vérités oubliées, comme l'existence d'un Sahara verdoyant au cours de la dernière période glacière. Un climat humide favorisant une faune abondante dont subsistaient quelques vestiges au Néolithique dans le Sud du Maroc.
Michel Barbaza et Mohssine El Graoui, dans leur étude sur l’art rupestre peint du Maroc méridional, identifient une trentaine d’abris sous-roche inédits dans la région de Tan-Tan - M’Sied, datant probablement du IIIe millénaire av. J.-C. Ils notent une homogénéité culturelle, soulignant des techniques de peinture harmonieuses avec les gravures environnantes. (2)
L'art rupestre en Algérie, le Tassili n'Ajjer comme joyau
Le Tassili n'Ajjer, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, représente l'un des ensembles les plus vastes d'art rupestre préhistorique, avec plus de 15 000 dessins et gravures couvrant une période de 6000 av. J.-C. aux premiers siècles de notre ère. Ce site illustre les changements climatiques et les migrations fauniques dans un Sahara autrefois fertile (UNESCO, 1982). (3)
Les changements climatiques seraient-ils naturels sans lien avec les activités humaines ? Les migrations de la faune ne seraient donc pas le résultat d'une révolution industrielle ?
Cette gravure rupestre, dans le parc du Tassili, représentant une antilope endormie, traduit une grande maîtrise technique de la part de cet artiste du Néolithique (-6000 ans). La douceur des formes et la précision artistique des traits méritent d'être soulignées. Il se dégage ainsi de la tendresse, un sentiment d'admiration profonde de la beauté de la faune naturelle qui révèle une grande sensibilité chez cet artiste. On peut l'interpréter comme un immense respect de la vie sauvage, rappelant que les humains, à cette époque reculée, chassaient par besoin, non par plaisir.
Matjaz Krivic décrit le parc comme un « trésor d'art préhistorique trop peu connu », avec des formations rocheuses et des pétroglyphes représentant des mammifères subsahariens, témoignant d'un « Sahara vert ». (4)
« Surnommée le 'plus grand musée d'art préhistorique du monde', cette vaste étendue peu connue des touristes abrite des merveilles naturelles et artistiques ... » (Krivic, 2023)
L'art rupestre en Tunisie, traces berbères dans le Jebel
En Tunisie, l'art rupestre se concentre dans le Jebel Ousselat, où une vingtaine d'abris sous-roche abritent des peintures représentant des éléments anthropomorphes et zoomorphes. Des découvertes récentes à Zamla incluent des figures inédites datant potentiellement de 6000 ans (Journals Openedition, 2021). (5)
Les artistes du Néolithiques maitrisaient manifestement l'art de représenter le mouvement, comme sur cette peinture rupestre d'une ronde de personnages effectuant une danse. L'art pariétal transmet ici une part de la culture berbère où la danse et la musique sont omniprésentes, encore aujourd’hui.
À Ghomrassen, des sites préhistoriques incluent des peintures rupestres berbères, souvent stylisées comme le « cavalier berbère » au Jebel Bliji (Persee, 1911; CCSP, s.d.). (6)
« En haut comme en bas se retrouve cette figure stylisée, qu'on est convenu de nommer le « cavalier berbère » (B. B.). » (Persee, 1911)
L'héritage berbère, une richesse souvent ignorée
L'art rupestre d'Afrique du Nord est intrinsèquement lié aux Berbères anciens, dont les descendants amazighes perpétuent des traditions culturelles. Ces œuvres, des gravures libyco-berbères aux scènes pastorales, reflètent une continuité identitaire souvent sous-estimée dans les récits historiques dominants.
Nous venons d'évoquer le « cavalier berbère » d'une peinture rupestre à Ghomrassen, en Tunisie. Dans l'encyclopédie berbère (7), Gabriel Camps, préhistorien français spécialiste de l'histoire des Berbères, détaille l'état des connaissances du peuple berbère dans l'antiquité :
«
Avant d’être cavaliers, les ancêtres des Berbères furent de non moins célèbres conducteurs de chars. Pour cette période fort ancienne, rares sont les allusions littéraires mais elles sont précises et bien documentées. La première et la principale mention concerne les Libyens orientaux : nous savons grâce aux bulletins de victoire de Ramsès III que les Mashaouash, dès le xiie siècle av. J.-C. et sans doute bien avant, possédaient des chars attelés à des chevaux ;»
- Chars (art rupestre), p. 1877-1892, G. Camps, 1993
Les arts rupestres sont une véritable mémoire de l'histoire des humains, bien plus que de simples représentations pariétales. Ces chefs d’œuvres artistiques berbères témoignent de l'état d'avancement des sociétés de l'antiquité et des pratiques socio-culturelles que peu d'ouvrages mentionnent. Ils sont une richesse inestimable.
De la préhistoire à la solidarité contemporaine
Ces expressions rupestres rappellent que l'art émerge d'une nécessité humaine profonde de représenter la faune environnante ou des scènes de chasse et de figer sur des parois la mémoire des peuples.
De tout temps, les artistes semblent avoir conservé le besoin de peindre leurs émotions, leur environnement et leurs traditions. L'art pariétal et l'art contemporain transmettent les mêmes aspirations à témoigner de leur époque, comme un livre ouvert sur chaque période. La peinture n'est plus seulement un divertissement, c'est aussi une transmission de connaissances aux générations suivantes, comme pour rappeler aux humains leur existence éphémère, tandis que la beauté des paysages et de leurs ingrédients se perpétue.
De nos jours, l'art reste en soutien de la connaissance, à l'image des œuvres de PAIP'Art destinées à apporter un soutien à la recherche médicale.
Série Histoire de la peinture
Articles publiés :
- Découverte de la plus ancienne peinture rupestre figurative en Indonésie
- Les origines de la peinture, les peintures rupestres de la préhistoire et de l'antiquité
- La peinture dans l'Antiquité, des fresques égyptiennes aux mosaïques romaines
- Le Moyen Âge, illuminations et tempera sur bois
- La Renaissance, l'essor de la peinture à l'huile et de la perspective
Liste des prochains articles :
- Le Baroque et le Classicisme : jeux de lumière et grands formats
- Le XIXe siècle : romantisme, impressionnisme et pigments synthétiques
- Le XXe siècle : abstraction et nouveaux médiums
- La peinture contemporaine : numérique et éco-responsable
Sources :
- Photo de la région de Figuig, Maroc : Charaf7, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
- Photo d'art rupestre à Figuig, Maroc : medias24.com
- Photo Antilope endormie - Site de Tin Taghirt, Tassili, Algérie : Linus Wolf, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
- Photo Peinture rupestre à Aïn Khanfous, Jebel Ousselat, Tunisie : Khouloud-kar, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons
- (1) Référence : Puigaudeau, O., & Sénones, M. (1939). Gravures rupestres du Hank (Sahara Marocain). Bulletin de la Société préhistorique française, 36(11), 437-448. Lien vers l'article.
- (2) Référence : Barbaza, M., & El Graoui, M. (2022). Éléments de caractérisation de l’art rupestre peint du Maroc méridional. Bulletin d’Archéologie Marocaine, 27. Lien vers l'article.
- (3) Référence : UNESCO. (1982). Tassili n'Ajjer. World Heritage Centre. Lien vers la page.
- (4) Référence : Krivic, M. (2023). Le parc culturel du Tassili, un trésor d'art préhistorique trop peu connu. National Geographic. Lien vers l'article.
- (5) Référence : Les peintures rupestres de l'abri de Zamla (Jebel Ousselat – Tunisie). (2021). Journals Openedition. Lien vers l'article.
- (6) Référence : Peinture Rupestre du Djebel-Bliji (Sud -Tunisien). (1911). Persee. Lien vers l'article.
- (7) Référence : Chars Art rupestre. (1993). G. Camps. Lien vers l'article.
/image%2F7102600%2F20250327%2Fob_3106f9_logo-small.jpg)

Les ventes sont actives, sur la boutique en ligne, seulement lors des différentes sessions annuelles de vente en ligne, qui se déroulent les 10 premiers jours de chaque mois, sauf mention contraire.
Les autres jours du mois, hors session de vente en ligne, vous pouvez réserver une ou plusieurs œuvres de la boutique en ligne en remplissant le 
Le livre d’une vie, Huile sur papier de soie marouflé sur toile - Jame Saurel
Encre sur papier - Style Abstrait - Jame Saurel
Sans titre 1108, Huile sur toile - Guy Lanchais
Sans titre 1206, Huile sur toile, Polyptyque - Guy Lanchais
Encre sur papier - Jame Saurel
Photo, Côte californienne - Christopher Sauvage
Tortue, Terre cuite, Émaillage raku - Anne Roig
Encre de chine sur papier - Mathilde Causse
Encre sur papier - Jame Saurel