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Sanford Robinson Gifford, le luminisme de l'école de l'Hudson River

13 Décembre 2023 , Rédigé par Camille Publié dans #Hudson River School, #Artiste

Sanford Robinson Gifford, le luminisme de l'école de l'Hudson River

Au cours des années 1850 aux États-Unis, un courant artistique mettant l'accent sur la représentation de la lumière en peinture se fraye un chemin parmi les peintres de paysage de l'école de la rivière Hudson. Ces toiles éclatantes vont recevoir un accueil chaleureux du public, déjà conquis par les paysages sublimes de l'ouest américain, et notamment des montagnes rocheuses. L'un d'eux se distingue par sa maîtrise remarquable des effets lumineux au sein de paysages aux horizons brumeux, rappelant les compositions de Claude Lorrain. Sanford Robinson Gifford va éblouir les collectionneurs admiratifs des peintures paysagères à partir de 1850.

Sanford Robinson Gifford est l'un des peintres les plus emblématiques de l'école de l'Hudson River, un mouvement artistique américain du XIXe siècle qui a célébré la beauté sauvage des paysages naturels. Né en 1823 et décédé en 1880 à l'âge de 56 ans, Gifford appartient à la deuxième génération de cette école, et son travail se signale par une approche unique appelée luminisme, où la lumière joue un rôle central dans la création d'atmosphères douces et éthérées.

Twilight in the Catskill, Sanford Robinson Gifford - 1861
Twilight in the Catskill, Sanford Robinson Gifford - 1861 - Yale University Art Gallery, New Haven, États-Unis

Les débuts d'un artiste prometteur

Sanford Robinson Gifford (1823-1880), autoportrait, 1848Sanford Robinson Gifford voit le jour le 10 juillet 1823 à Greenfield, dans l'État de New York, au sein d'une famille quaker, caractérisée par son appartenance à une église protestante, dont les valeurs reposent sur le pacifisme et la philanthropie, et menant une vie austère.

Quatrième d'une fratrie de onze enfants, il est le fils d'Elihu Gifford, un fondeur de fer, et d'Eliza Robinson Starbuck. Son enfance se déroule à Hudson, une petite ville de la vallée de l'Hudson, un environnement qui influencera profondément son amour pour les paysages.

Dès son jeune âge, Gifford est fasciné par l'art, inspiré par son frère Charles qui reproduit des gravures de maîtres européens.

En 1842, il entre à l'Université Brown, mais il abandonne ses études après deux ans pour se consacrer pleinement à l'art. En 1845, il s'installe à New York où il étudie le dessin, la perspective et l'anatomie sous la tutelle de John Rubens Smith, un aquarelliste britannique. Il suit également des cours à la National Academy of Design et assiste à des leçons d'anatomie au Crosby Street Medical College. Bien qu'initialement formé comme portraitiste, Gifford expose sa première œuvre, un paysage, à la National Academy en 1847. Ce choix marque le début de sa carrière dédiée aux vues naturelles.

Élu associé de la National Academy en 1851 et académicien en 1854, Gifford se consacre rapidement aux paysages, devenant l'un des plus fins représentants de l'école de l'Hudson River. Influencé par Thomas Cole et Asher B. Durand, il admire leur capacité à saisir le cachet spirituelle de la nature.

Lire l'article : L'engouement pour la nature en peinture à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle, une prise de conscience artistique

Les voyages qui ont façonné son art

Comme la plupart des artistes de l'École de la rivière Hudson, Sanford R. Gifford voyage beaucoup pour trouver l'inspiration. Dès 1846, il effectue des excursions annuelles dans les montagnes Catskill, les White Mountains et les Adirondacks, souvent en compagnie d'artistes comme Samuel Colman ou Aaron Draper Shattuck. Ces voyages dans le nord-est américain lui permettent de réaliser des esquisses rapides qui serviront de base à ses toiles.

Lire l'article : Les Montagnes Blanches dans la peinture au XIXe siècle

En 1855, Gifford entreprend son premier grand voyage en Europe. Il visite l'Angleterre, où il étudie les œuvres de J.M.W. Turner à la National Gallery de Londres et discute avec le critique John Ruskin. Turner, maître de la lumière, devient une influence majeure. Gifford parcourt ensuite la France, la Belgique, les Pays-Bas, l'Allemagne, la Suisse et l'Italie. À Rome, en 1856-1857, il loue un atelier et peint Lake Nemi, une œuvre qui marque l'émergence de son style mature.

Lake Nemi, Sanford Robinson Gifford - 1856-1857
Lake Nemi, Sanford Robinson Gifford - 1856-1857 - Toledo Museum of Art, Espagne

Pendant la Guerre de Sécession (1861-1865), Gifford sert comme caporal dans le 7e Régiment de la Milice de New York, protégeant Washington D.C. et Baltimore. Cette période est marquée par des tragédies personnelles affectant sa famille, le suicide de son frère Charles en 1861 et la mort de son frère Edward en 1863. Ces événements influencent peut-être les effets crépusculaires sombres dans certaines de ses toiles plus tard dans sa carrière de peintre. Car en 1862, il réalise une œuvre lumineuse, aux reflets dorés « Indian Summer in the White Mountains » (L'été indien dans les montagnes blanches), célébrant la nature dans sa simple beauté.

Indian Summer in the White Mountains, Sanford Robinson Gifford - 1862
Indian Summer in the White Mountains, Sanford Robinson Gifford - 1862 - Mint Museum, Charlotte, États-Unis

En 1867-1868, il retourne en Europe, visitant Londres, Paris, les Alpes et la Sicile, puis hiverne à Rome. En 1869, il explore le Moyen-Orient, parcourant l'Égypte (où il descend le Nil), la Syrie, Jérusalem, Damas, la Grèce et la Turquie. Il passe six semaines à Venise, source d'inspiration pour 36 peintures. En 1870 et 1873, il se rend dans l'Ouest américain, rejoignant une expédition Hayden dans les Rocheuses, le Wyoming, l'Utah, le Colorado, la Californie, l'Oregon, la Colombie-Britannique et l'Alaska. Ces voyages élargissent sa palette, lui permettant d'exprimer tout son talent inspiré par des atmosphères variées avec sincérité et réalisme.

Les voyages de Gifford en Europe et au Moyen-Orient ont enrichi sa vision, lui permettant d'intégrer des effets de lumière exotiques dans ses paysages américains.

—Kevin J. Avery, Sanford Robinson Gifford (1823–1880)

Le style luministe de Gifford

Le style de Gifford est souvent qualifié de luminisme, un sous-courant de l'école de l'Hudson River qui met l'accent sur les effets de lumière diffuse, les atmosphères brumeuses et les reflets sur l'eau. Contrairement à la première génération, plus dramatique et romantique, Gifford privilégie des compositions sereines où la lumière sculpte le paysage.

Sa méthode de travail est rigoureuse et bien rodée. Il réalise des esquisses rapides au crayon sur des cartes, puis des études à l'huile plus détaillées. Dans son atelier, il peint la toile finale en une session du lever au coucher du soleil, avant de la raffiner lentement. Cette approche évite les expérimentations hasardeuses, aboutissant à des œuvres où la lumière semble émaner de la toile elle-même.

Influencé par Turner, Gifford excelle dans les effets atmosphériques, privilégiant un soleil diffus, des brumes douces et des reflets miroitants sur les lacs ou les rivières. Ses toiles transmettent un sentiment de paix et de contemplation, interprétant les sentiments profonds de la nature plutôt que ses aspects superficiels.

Gifford a élevé la pensée et maîtrisé la lumière, interprétant les sentiments de la nature avec une élévation rare.

—John F. Weir, Évaluation des œuvres de Gifford

Œuvres principales et analyses

Parmi les œuvres célèbres de Gifford, « Mount Mansfield » (1858) restitue la majesté du Vermont avec une lumière matinale qui illumine les sommets. Exposée à la National Academy en 1859, elle démontre sa capacité à rendre les distances atmosphériques. Une autre œuvre majeure est « Isola Bella in Lago Maggiore » (1871), avec son effet de coucher de soleil coronal qui serpente sur le flanc de la montagne qui dégringole dans le lac à gauche, et des reflets dorés chers au peintre.

Isola Bella in Lago Maggiore, Sanford Robinson Gifford - 1871
Isola Bella in Lago Maggiore, Sanford Robinson Gifford - 1871 - Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis

Twilight in the Catskills (1861), vue au début de l'article, illustre des effets crépusculaires sombres, avec une atmosphère brumeuse qui enveloppe les montagnes. Cette toile pourrait refléter les tourments de la guerre avec son ciel rougeoyant comme chargé de remords.

A Gorge in the Mountains (Kauterskill Clove) (1862), conservée au Metropolitan Museum of Art de New York, montre une gorge montagneuse avec des chutes d'eau, où la lumière diffuse façonne le terrain. La composition circulaire de la lumière crée un sentiment d'immensité. Cette toile, démarrée en 1862, sera achevée en 1880.

A Gorge in the Mountains (Kauterskill Clove), Sanford Robinson Gifford - 1862
A Gorge in the Mountains (Kauterskill Clove), Sanford Robinson Gifford - 1862 - Metropolitan Museum of Art, New York, États-Unis

A Coming Storm (1863/1880) dépeint un orage approchant, avec des contrastes dramatiques de lumière et d'ombre. Haverstraw Bay (1866) met en scène la lumière matinale sur l'Hudson, avec des reflets parfaits sur l'eau.

Mount Rainier, Bay of Tacoma – Puget Sound (1875) représente les paysages de l'Ouest, avec une distance atmosphérique qui donne une sensation de profondeur infinie. Enfin, Ruins of the Parthenon (1880), l'une de ses dernières œuvres, critique implicitement le traitement du sujet par Frederic Edwin Church, en optant pour une atmosphère brumeuse et contemplative.

A Coming Storm, Sanford Robinson Gifford - 1863
A Coming Storm, Sanford Robinson Gifford - 1863 - Philadelphia Museum of Art, États-Unis

L'héritage de Gifford

Gifford épouse Mary Cecilia Canfield en 1877, à l'âge de 53 ans. Il décède le 29 août 1880 à New York d'une fièvre paludique contractée lors d'un voyage au lac Supérieur. Le Metropolitan Museum of Art organise une exposition commémorative de 160 œuvres en automne 1880, accompagnée d'un catalogue listant 734 peintures. Une vente aux enchères en 1881 rapporte 42 200 dollars, un montant impressionnant pour l'époque.

Son héritage perdure, dont ses papiers et 24 carnets de croquis qui sont conservés aux archives, numérisés en 2007. En 2008, Mount Mansfield, Vermont (1859) est vendu pour 13,5 millions de dollars. Gifford a influencé le luminisme et l'école de l'Hudson River en mettant l'accent sur la lumière comme élément spirituel de la nature. Ses œuvres se trouvent dans des collections majeures comme le Museum of Fine Arts de Boston, le Whitney Museum et le Smithsonian Institut.

Sanford Robinson Gifford reste un pilier de l'art paysagiste américain, dont les toiles invitent à une contemplation profonde des merveilles naturelles. Sa maîtrise de la lumière continue d'inspirer les artistes contemporains.

Lire l'article : La peinture de paysage au cours des siècles

Twilight in the Wilderness, Sanford Robinson Gifford - 1861
Twilight in the Wilderness, Sanford Robinson Gifford - 1861 - The Athenæum Museum, Hartford, États-Unis

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