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Le concours artistique du Prix de Rome au milieu du XIXe siècle

29 Juillet 2019 , Rédigé par Camille Publié dans #L'art

Le concours du Prix de Rome au milieu du XIXe siècle, origines, règles et lauréats emblématiques

Le Prix de Rome représente l'un des concours les plus prestigieux et influents de l'histoire de l'art français. Au milieu du XIXe siècle, il était au cœur de la formation artistique, offrant aux jeunes talents une opportunité unique de se perfectionner à Rome.

Retraçons ses origines royales au XVIIe siècle, ses règles strictes en mentionnant quelques lauréats emblématiques de cette période charnière marquée par les transitions entre néoclassicisme et romantisme.

Origines du Prix de Rome, un héritage royal

Le Prix de Rome trouve ses racines au XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV. En 1663, Jean-Baptiste Colbert, surintendant des bâtiments du roi, fonde l'Académie royale de peinture et de sculpture. L'objectif était de former une élite artistique capable de glorifier le monarque et l'État français à travers un art inspiré des modèles antiques et de la Renaissance italienne.

En 1666, l'Académie de France à Rome est établie, initialement au palais Mancini, avant de s'installer à la Villa Médicis en 1803. Les lauréats, sélectionnés par un concours rigoureux, recevaient une bourse pour un séjour de plusieurs années en Italie. Ce système visait à immerger les artistes dans l'héritage romain, en les encourageant à copier les statues antiques, à étudier l'architecture classique et à s'inspirer des maîtres comme Raphaël ou Michel-Ange.

Le Prix de Rome n'était pas seulement une récompense ; c'était une institution formant les artistes à l'excellence classique, essentielle pour l'art officiel français.

—Site de l'Académie des Beaux-Arts, Histoire du Prix de Rome

Au XIXe siècle, malgré les révolutions et les changements de régime, le concours perdure. Sous la Restauration et le Second Empire, il devient un pilier de l'Académie des Beaux-Arts, intégrée à l'Institut de France en 1816. Il reflète les idéaux d'un art académique, hiérarchisé et moralisateur, opposé aux courants émergents comme le romantisme.

La Villa Médicis à Rome, résidence des lauréats - XIXe siècle
La Villa Médicis à Rome, résidence des lauréats - XIXe siècle

Au début du XIXe siècle, le paysage trouve une place de choix, alors qu'il était relégué au second plan du prix de Rome depuis le XVIIe. Le Grand Prix de Rome de Paysage historique est crée en 1816 seulement :

C’est toute l’histoire de la conquête du paysage qui s’inscrit dans ce demi-siècle, à laquelle les Prix de Rome du Paysage ont beaucoup contribué.

—Site de l'Académie des Beaux-Arts, Le grand prix de Rome du paysage historique

Les règles du concours, une sélection impitoyable

Le concours du Prix de Rome était connu pour sa sévérité, conçue pour identifier les talents les plus prometteurs. Ouvert aux peintres, sculpteurs, graveurs, architectes et compositeurs, il se déroulait annuellement à Paris, sous l'égide de l'Académie des Beaux-Arts.

Les candidats, généralement âgés de moins de 30 ans (parfois jusqu'à 35 pour les architectes), devaient d'abord passer une épreuve d'admission. Celle-ci consistait en la présentation de travaux personnels démontrant une maîtrise technique. Les sélectionnés entraient ensuite en « loge », un atelier isolé où ils étaient confinés pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour réaliser une œuvre sur un thème imposé.

Pour la peinture historique, par exemple, le sujet était souvent tiré de la mythologie grecque, de l'histoire romaine ou biblique, comme « Achille et les filles de Lycomède » ou « La mort de Sardanapale ». Les règles interdisaient toute aide extérieure, les artistes travaillaient seuls, sous surveillance, pour éviter la plagiat. Le jury, composé d'académiciens éminents, évaluait les œuvres sur des critères comme la composition, le dessin, la couleur et la fidélité au sujet.

Achille et les filles de Lycomède, Adrien Dassier - 1669 - Musée des Beaux-Arts de Lyon
Achille et les filles de Lycomède, Adrien Dassier - 1669 - Musée des Beaux-Arts de Lyon

Au milieu du XIXe siècle, sous Napoléon III, les règles s'assouplissent légèrement pour inclure des thèmes plus contemporains, mais le classicisme domine. Le grand prix offrait un séjour de quatre à cinq ans à Rome, avec une pension de 3 000 francs annuels, tandis que des seconds prix permettaient des voyages en Italie ou des bourses moindres.

Cette structure favorisait un art officiel, mais elle était critiquée pour son conservatisme, excluant les innovateurs. Des artistes comme Eugène Delacroix, refusés plusieurs fois, optèrent pour des voies indépendantes, préfigurant les Salons des Refusés.

Principaux artistes lauréats au milieu du XIXe siècle

Le milieu du XIXe siècle voit émerger des lauréats qui marqueront l'art français. William Bouguereau (1825-1905), vainqueur en 1850 avec « Zénobie retrouvée par les bergers sur les bords de l'Araxe », incarne l'académisme triomphant. Son séjour à Rome affine son style, mêlant réalisme anatomique et idéalisation mythologique. Bouguereau devient un pilier des Salons, avec des œuvres comme « La Naissance de Vénus » (1879), vendues à des collectionneurs américains.

Zénobie retrouvée par les bergers sur les bords de l'Araxe - 1850
Zénobie retrouvée par les bergers sur les bords de l'Araxe - 1850

Léon Bonnat (1833-1922), lauréat en 1869 avec « Adam et Ève découvrant le corps d'Abel », excelle ensuite dans le portrait réaliste, influençant des élèves comme Toulouse-Lautrec. Paul Baudry (1828-1886), second prix en 1850, décore l'Opéra Garnier avec des fresques somptueuses, illustrant l'impact du Prix sur l'art décoratif.

Jean-Paul Laurens (1838-1921), vainqueur en 1864, s'oriente vers la peinture historique dramatique, comme « La Mort de Tibère ». Henri Regnault (1843-1871), lauréat en 1866 avec « Thétis apportant à Achille les armes forgées par Vulcain », meurt jeune à la guerre, mais laisse un legs romantique et orientaliste.

Thétis apporte à Achille les armes forgées par Vulcain, Henri Regnault - 1866
Thétis apporte à Achille les armes forgées par Vulcain, Henri Regnault - 1866

Ces artistes, formés à Rome, perpétuent un style académique tout en intégrant des éléments modernes, comme le réalisme chez Bouguereau ou l'expressivité chez Regnault. Leur succès aux Salons et commandes d'État soulignent l'influence du Prix sur les carrières.

L'impact culturel et l'héritage du Prix de Rome

Au milieu du XIXe siècle, le Prix de Rome n'était pas seulement un concours, il dictait les normes artistiques. Les lauréats occupaient des postes professoraux à l'École des Beaux-Arts, transmettant les savoirs classiques aux générations futures. Cependant, ce système élitiste suscitait des critiques, il favorisait un art figé, ignorant les révolutions comme l'impressionnisme.

Des figures comme Gustave Courbet, Eugène Delacroix, Édouard Manet et Edgar Degas n'ont jamais été lauréats, mais défiaient l'Académie en exposant indépendamment. Le Prix, perçu comme conservateur, contribua aux tensions culminant avec le salon des refusés de 1863.

Lire l'article : Histoire de l’Académie des Beaux-Arts et du Salon des Refusés au XIXe siècle

Pour satisfaire aux exigences de l'Académie, [...] les peintres doivent respecter certains principes. Ceux-ci se figent jusqu'à devenir un carcan contre lequel, peu à peu, les artistes et les critiques s'insurgent. La reconnaissance par l'opinion des courants « novateurs » du dernier quart du XIXe siècle (impressionnisme, néo-impressionnisme, …) se fait de manière décalée, au XXe siècle, et entraîne un rejet global des principes de l'Académie.

—Musee d'Orsay, Les peintres, le Salon, la critique, 1848-1870

Lire l'article : Les principaux artistes à l'origine de l'impressionnisme au XIXe siècle

Il est intéressant de comparer les œuvres classiques des lauréats du Prix de Rome, comme William Bouguereau (en 1850) ou Henri Regnault (en 1866) avec celles de Gustave Courbet, qui, dès 1841, réalisait « Marine ou Vue d'Honfleur », s'opposant radicalement aux exigences académiques.

Marine ou Vue d'Honfleur, Gustave Courbet - 1841
Marine ou Vue d'Honfleur, Gustave Courbet - 1841 - Palais des Beaux-Arts de Lille

Une rupture totale avec les attentes de l'Académie des Beaux-Arts, pour celui qui allait paver la voie à toute une génération d'artistes rebelles dans la seconde moitié du XIXe siècle et au-delà. En 1850, Courbet représentait une scène de genre de paysans, un concept inimaginable pour les tenants d'un académisme classique très conservateur. Rappelons que 16 ans plus tard, Gustave Courbet réalisera, en 1866, « L'Origine du monde ».

Les Paysans de Flagey revenant de la foire, Gustave Courbet - 1850
Les Paysans de Flagey revenant de la foire, Gustave Courbet - 1850 -Musée des Beaux-Arts et d'archéologie, Besançon

Malgré cela, l'héritage du prix de Rome est immense. De nombreuses œuvres primées sont conservées au Musée du Louvre ou à l'École des Beaux-Arts. Le Prix perdure jusqu'en 1968. Aujourd'hui, la Villa Médicis accueille toujours des artistes, perpétuant l'esprit d'échange culturel.

Le concours du Prix de Rome au milieu du XIXe siècle incarne l'apogée de l'académisme français. Ses origines royales, règles impitoyables et lauréats talentueux comme Bouguereau ou Bonnat ont façonné l'art européen. Bien que critiqué, il reste un chapitre essentiel de l'histoire artistique, rappelant l'importance de la formation classique dans l'évolution des styles.

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