Dans cette cinquième partie de notre série "L’Art comme tribunal sociétal", nous explorons la manière dont la sculpture devient un outil d'activisme puissant contre les injustices. Deux artistes contemporains, Shweta Bhattad et Theaster Gates, utilisent leurs œuvres pour dénoncer les inégalités de genre, les crises agricoles, le racisme systémique et les disparités urbaines. Leurs créations ne sont pas seulement esthétiques, elles invitent à la réflexion et à l'action collective.
Shweta Bhattad, la sculpture au service des droits des femmes et des agriculteurs
Shweta Bhattad, artiste indienne basée à Paradsinga, intègre la sculpture dans des performances et installations qui abordent les tabous sociétaux. Formée en sculpture à l'Université MS de Baroda, elle fonde le Gram Art Project, un collectif qui réunit artistes et agriculteurs pour lutter contre la crise agraire en Inde. Ses œuvres soulignent les injustices liées à la pauvreté, à l'exploitation des fermiers et à l'inégalité de genre.
Lire l'article : Pourquoi n'y a-t-il pas eu de grandes artistes femmes ?
Parmi ses créations marquantes, "I Have a Dream" (2014) est un projet communautaire où Shweta Bhattad sculpte de grandes lettres en bois formant la phrase "I Have a Dream" en langues locales, accompagnées de jardins cultivés par des fermiers. Cette installation vise à sensibiliser à la destruction des terres agricoles et à soutenir les communautés locales.
À travers ses performances et installations, Bhattad met en lumière l'inégalité de genre, la pauvreté et la surconsommation, encourageant ses publics à participer aux conversations.
—ArtsHelp, Shweta Bhattad's Audacious Artistry
Dans "Farmers Haat" (2015), Shweta Bhattad se fait enterrer vivante dans un cercueil pour symboliser l'exploitation des fermiers indiens, critiquant le système corrompu de production alimentaire.
En Inde, les agriculteurs font partie des populations les plus pauvres du pays. Leur accès au crédit est très faible, la mécanisation est quasiment absente, les prix du marché des denrées alimentaires sont ridiculement bas, l'accès à l'eau est problématique et les conditions de vie en zones rurales sont rudes.
Le problème relève moins du réchauffement climatique que de la puissance de feu du capital qui consume les derniers vestiges des forets indiennes en lambeaux et détruit les terres arables des paysans. Shweta Bhattad, d'origine rurale, utilise la sculpture sur bois pour dénoncer la pauvreté, l'exploitation des agriculteurs et leur disparition progressive.
Son art a pour objectif de sensibiliser les populations urbaines aux dangers de l'industrialisation de l'alimentation au détriment des petites exploitations familiales, très majoritaires en Inde. L'essor économique a laissé de coté le monde agricole, dont les terres arables disparaissent au profit des investisseurs du secteur immobilier.
L’Inde doit nourrir 17 % de la population mondiale avec moins de 4 % des ressources mondiales en eau et 4 % des terres agricoles. [...] L’agriculture, majoritairement familiale, est caractérisée par des rendements faibles, une mécanisation peu développée sur des exploitations de taille très réduite (moyenne 1ha/exploitation) et une insuffisance d’infrastructures de stockage permettant de limiter les pertes.
—agriculture.gouv.fr, Inde - Ce qu'il faut retenir
Cette hérésie nous rappelle qu'en France, le bassin parisien, qui réunit les meilleures terres cultivables du pays, voit ces terres disparaitre quotidiennement sous la pression de l'urbanisme. Les meilleurs terres arables du Maroc subissent le même sort dans la région de Casablanca, dans un silence assourdissant, brisé par les engins de terrassement qui piétinent les terres les plus fertiles du pays, dans l'indifférence générale. Il s'agit d'une hérésie planétaires, que cette artiste indienne dénonce avec ses moyens artistiques.
L'art est plus que jamais un vecteur de prise de conscience, un support de dénonciation, fidèle à sa tradition, comme on a pu l'observer dès le XIXème siècle en France, avec Émile Zola et son art littéraire dans Germinal.
Le réalisme social au XIXe siècle, Zola et Steinbeck face à l’exploitation, est une exploration des « gueux » littéraires qui jugent le capitalisme dans Germinal et Les Raisins de la colère.
À l'image de John Steinbeck aux États-Unis, Shweta Bhattad soutient les « Gueux indiens » sans voix du monde rural contre les rouleaux compresseurs du Capital sans éthique.
En écho au fameux discours de Martin Luther King, elle espère choquer et faire réagir, dans un combat à armes inégales qui semble perdu d'avance ...
L'association PAIP'Art lutte contre l'oubli des maladies rares, qui ont des difficultés à mobiliser des fonds pour financer la recherche médicale et espérer découvrir des solutions thérapeutiques. C'est ce même état d'esprit qui suscite notre réaction et notre soutien aux artistes comme Shweta Bhattad, en relayant leurs combats contre les inégalités.
Son combat est aussi le nôtre, et nous devons réagir si nous ne voulons pas, un jour, consommer des insectes en guise de protéines, mijotés dans les recettes indigestes du Capitalisme larvé. Un combat capital à gagner !
Retrouvez Shweta Bhattad sur Facebook et soutenez ses projets :
- Gram Art Project - A Rural Collective
- Gram Art Project
- I have a dream sur Facebook
Theaster Gates, transformer les matériaux abandonnés en actes de résistance
Theaster Gates, artiste américain basé à Chicago, fusionne sculpture, activisme urbain et pratique sociale. Il réutilise des matériaux issus de bâtiments démolis pour créer des œuvres qui dénoncent le racisme et les inégalités raciales. Ses projets, comme le Dorchester Art and Housing Collaborative, transforment des espaces abandonnés en centres communautaires.
Sa série "In the Event of a Race Riot" utilise des tuyaux d'incendie décommissionnés, rappelant leur usage violent contre les manifestants des droits civiques en 1963. "In Case of Race Riot II" (2011) présente un tuyau enroulé dans une boîte vitrée, transformant un outil d'oppression en objet de contemplation.
En réutilisant un tuyau d'incendie décommissionné – un outil d'oppression raciale – Gates confronte cette époque troublante de l'histoire américaine et l'expérience afro-américaine.
—Smarthistory, Theaster Gates, In Case of Race Riot II
In Case of Race Riot II - Theaster Gates (2011)
Theaster Gates, artiste américain né en 1973 à Chicago, est connu pour son travail qui fusionne sculpture, installation et activisme social. Son œuvre In Case of Race Riot II (2011), exposée au Brooklyn Museum, est un exemple emblématique de sa série qui réutilise des objets chargés d'histoire pour dénoncer les inégalités raciales. Cette analyse explore la description physique de l’œuvre, son contexte historique, son symbolisme et son impact sociétal.
L’œuvre se compose d’un tuyau d’incendie décommissionné, enroulé et enfermé dans une boîte vitrée en bois, peinte et assemblée avec du plastique, du métal et de l’adhésif. Les dimensions sont de 85,1 × 67,6 × 15,2 cm. Ce format évoque une vitrine muséale ou une boîte d’urgence, transformant un outil utilitaire en objet d’art contemplatif.
Contexte historique et symbolisme
Le titre In Case of Race Riot II fait référence aux émeutes raciales et aux événements des droits civiques aux États-Unis. Le tuyau d’incendie rappelle spécifiquement les manifestations de Birmingham en Alabama en 1963, où la police a utilisé des lances à eau à haute pression contre des manifestants afro-américains pacifiques, y compris des enfants. Theaster Gates transforme cet instrument d’oppression en un artefact muséal, questionnant la complaisance face aux progrès des droits civiques et soulignant les luttes persistantes contre le racisme systémique.
En réutilisant des matériaux abandonnés, Gates s’inscrit dans une pratique de recyclage valorisant, où les objets du passé deviennent des actes de résistance. L’œuvre interroge la possibilité d’une utilisation future du tuyau, rappelant que les tensions raciales ne sont pas résolues.
Analyse artistique et impact sociétal
Artistiquement, l’œuvre joue sur le contraste entre la banalité de l’objet et sa charge historique. La boîte vitrée crée une distance, invitant le spectateur à réfléchir plutôt qu’à agir immédiatement, tout en évoquant une urgence potentielle ("In Case of"). Cela s’aligne avec l’approche de Gates, qui intègre l’art dans des projets communautaires pour transformer des espaces urbains défavorisés.
Sociétalement, In Case of Race Riot II sert de tribunal symbolique, jugeant les injustices raciales persistantes. Elle encourage un dialogue sur l’expérience afro-américaine et la nécessité d’une action collective, en lien avec des thèmes plus larges comme ceux explorés par Gates dans ses collaborations avec des institutions comme Princeton pour confronter l’histoire de l’esclavage.
In Case of Race Riot II démontre comment l’art peut transformer des objets du quotidien en puissants symboles de résistance. Theaster Gates utilise la sculpture pour dénoncer les inégalités, invitant à une réflexion sur un passé non résolu et un avenir incertain. Cette œuvre s’inscrit dans une tradition d’art engagé, rappelant que les connaissances partagées via l’art peuvent catalyser le changement social.
Dans "Ground rules. Free throw" (2015), Gates recompose un plancher de gymnase d'une école fermée à Chicago, questionnant la perte d'accès aux sports organisés pour les enfants des quartiers défavorisés.
L'art comme catalyseur de changement
Shweta Bhattad et Theaster Gates démontrent que la sculpture peut être un tribunal sociétal, jugeant et condamnant les injustices. Leurs œuvres invitent à des connaissances partagées et à des actions collectives pour un monde plus équitable.
Leur engagement artistique s'aligne sur celui d'un artiste donateur de l'association PAIP'Art. Sereirrof peint des portraits dont le regard trahit une inquiétude légitime et produit une critique acerbe du capitalisme. Ce dernier est une source d'inégalités, dénoncées par Shweta Bhattad, et de mépris, dénoncé par Theaster Gates.
L'association PAIP'Art, organisation à but non lucratif, soutient activement la recherche médicale sur la Glomérulonéphrite membranoproliférative (GNMP), une maladie rénale rare, grâce aux fonds collectés via la vente caritative d'œuvres d'art. Découvrez notre boutique en ligne sur paipart.com.
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Le livre d’une vie, Huile sur papier de soie marouflé sur toile - Jame Saurel
Encre sur papier - Style Abstrait - Jame Saurel
Sans titre 1108, Huile sur toile - Guy Lanchais
Sans titre 1206, Huile sur toile, Polyptyque - Guy Lanchais
Encre sur papier - Jame Saurel
Photo, Côte californienne - Christopher Sauvage
Tortue, Terre cuite, Émaillage raku - Anne Roig
Encre de chine sur papier - Mathilde Causse
Encre sur papier - Jame Saurel