Louis-Alexandre Dubourg (1821-1891), peintre des paysages de Honfleur
Originaire du Pays de Caux en Normandie, le peintre Louis-Alexandre Dubourg a passé toute son existence à Honfleur où il est né le 27 février 1821 dans une famille modeste. Il a grandi dans les quartiers de la vieille ville, un enfant réservé qui travaillera plus tard comme employé de commerce.
La peinture occupe tous ses loisirs, qui l'amènera à rencontrer le peintre Jacques Gustave Hamelin (1809-1895), honfleurais d'origine lui aussi, qui l'incitera à épouser une carrière de peintre et à se rendre à Paris. Il deviendra également proche du peintre Eugène Boudin, un précurseur de la peinture en plein air, fasciné par les ciels changeants, encore un natif de Honfleur.
Élève de Léon Cogniet (1794-1880), très attaché à son pays natal, il en a peint des scènes de genre illustrant la vie locale à Honfleur, représentant dans ses œuvres une marchande de marée, les pêcheurs, le marché aux poissons, la plage, le port ou la jetée.
Plutôt que de peindre en atelier, Louis-Alexandre Dubourg avait une prédilection pour les vues de sa ville natale, ses rues animées, les activités de pêche en bord de mer dont il fréquentait les cotes escarpées et les plages.
Un peintre contemporain d'Eugène Boudin à Honfleur
C'est probablement en ces lieux d'agitation quotidienne qu'il aura croisé Eugène Boudin qui reproduisait les plages accueillant les baigneurs. Une activité picturale rapportée par Xavier Mauduit et Cédric Lemagnent dans leur ouvrage « Impressionnistes, Une autre manière de voir le monde » (2024), avec une anecdote croustillante :
En 1867, Eugène Boudin est las de passer ses journées à la plage, il broie du noir : « Il faut presque du génie pour tirer parti de cette bande de fainéants-poseurs. Quand on vient de passer un mois au milieu de ces races vouées au rude labeur des champs, au pain noir et à l'eau, et qu'on retrouve cette bande de parasites dorés qui ont l'air si triomphant, ça vous fait un peu de pitié et on éprouve une certaine honte à peindre la paresse désœuvrée. » Quelle pertinence, encore aujourd'hui !
—Xavier Mauduit et Cédric Lemagnent, Impressionnistes, Une autre manière de voir le monde, Éditions Dunod, 2024, page 49.
Cette toile a été reprise par le quotidien Ouest-France en août 2018, au cœur de l'été, dans un article intitulé « La plage du Butin par Louis-Alexandre Dubourg », inclue dans une série d'articles reliant l'art à l'été. L'auteur mentionne une brève analyse de cette œuvre de Dubourg :
Cette peinture est un plaisir pour la petite histoire honfleuraise et une œuvre d’importance, car elle montre les qualités et les limites de l’art de Dubourg : précision, lumière, composition en perspective en sont les points forts ; le manque d’homogénéité et de mouvement, sa faiblesse.
—Ouest-France, La plage du Butin par Louis-Alexandre Dubourg, 16/08/2018
La peinture de paysage et la lumière
Si les toiles d'Eugène Boudin offrent souvent une vue panoramique, celle-ci est un gros plan sur une portion de la plage, qu'on aurait aimé voir dans son ensemble. Dubourg nous immerge ainsi dans l'ambiance des plages normandes au XIXe siècle. Le bord de mer n'était pas sa seule compétence. Il a aussi aimé peindre la nature et les grands arbres, à la manière des peintres de Barbizon. Mais Dubourg ajoutait des figures, soucieux d'étaler la vie quotidienne de sa région, comme un livre racontant l'histoire du pays de Caux, dans des toiles composées de variations lumineuses.
Une œuvre originale mêle la nature et la mer, dans laquelle Dubourg utilise une large palette de couleur, réunissant les nuances de vert de la pelouse herbacée et des pommiers à celles des bleus de la mer et du ciel. Il apporte un soin particulier à la texture de l'écorce des arbres, dans une vue idéalisée, le village de saint-Siméon étant situé à plusieurs kilomètres des cotes normandes, au sud de Pont-Audemer.
Sa sensibilité pour la lumière, son attrait pour les scènes de genre et l'émotion qui se dégage de ses toiles nous rappellent que son époque allait connaitre un renouveau artistique né d'une remise en cause de l'ordre académique dans la peinture. La rigueur de l'Académie des Beaux-Arts, favorable à des représentations bibliques ou mythologiques, commençaient à être supplantée avec la multiplication de scènes de genre chez les peintres. Les gens ordinaires et les paysages fleurissaient, comme dans cette toile « Scène de pécheurs ».
Lire l'article : L'influence de la lumière normande dans la peinture impressionniste
Entre une grille classique qu’il applique aux scènes de la vie quotidienne et un goût pour le paysage qui le fait prendre part au renouveau du genre quand se mettent en place les conditions d’émergence de l’impressionnisme, il a développé une œuvre aussi prolifique que discrète.
—Benjamin Findinier, Louis-Alexandre Dubourg (1821-1891), Éditions des Falaises
Lire l'article : La Normandie, berceau de l'impressionnisme, de Honfleur à Giverny
Louis-Alexandre Dubourg et le Musée Eugène Boudin à Honfleur
Tout entier dédié à sa ville natale, Louis-Alexandre Dubourg a œuvré pour la création d'un musée à Honfleur dès 1868, où seront exposées les toiles des peintres de cette cité portuaire riche en artistes de renom. Le musée municipal de la ville de Honfleur a ainsi été créé le 11 avril 1868.
Guère convaincu à l'origine par l'idée d'un musée d'art à Honfleur, Eugène Boudin fera pourtant le choix de léguer des œuvres prestigieuses en 1899 à ce musée normand du Pays de Caux. C'est en 1960 que le musée d'Honfleur adoptera le nom de Musée Eugène Boudin.
Aujourd'hui, ce sont plus de 2500 oeuvres d'art qui sont conservées et exposées au musée, dont des peintures, sculptures, dessins, gravures, et de nombreux objets comme des costumes ou des meubles, ainsi que des centaines de photographies de la région.
De la salle Katia Granoff située au troisième étage, on peut admirer les ciels changeant de l'estuaire et voir défiler les « merveilleux nuages » de Boudin et de Baudelaire.
—musees-honfleur.fr, Historique du musée
Le ciel tourmenté occupait une place prépondérante chez Eugène Boudin, comme sur cette marine de la cote normande à Deauville, à l'ouest de l'estuaire de la Seine « La jetée de Deauville ».
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