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Nicolas Poussin, maître du paysage classique pictural au XVIIe siècle

4 Décembre 2025 , Rédigé par Camille Publié dans #Histoire de la peinture, #Artiste

Nicolas Poussin, maître du paysage classique pictural au XVIIe siècle

Nicolas Poussin (1594-1665)Nicolas Poussin est un peintre français originaire de la vallée du Gambon en Normandie, au cœur d'une boucle de la Seine. à une quarantaine de kilomètres de la Manche.

Cette vallée de la Seine est dotée de magnifiques parsages, avec des falaises de craie blanche nichée au cœur d'une végétation luxuriante.

Photo : Autoportrait de Nicolas Poussin (1650)

Ce sont peut-être ces paysages verdoyants et les ciels changeants de la Normandie qui ont inspiré Nicolas Poussin dans ses peintures harmonieuses de paysages.

Nicolas Poussin, figure marquante de la peinture française du XVIIe siècle, est souvent célébré pour ses compositions historiques et mythologiques. Pourtant, ses paysages révèlent une profondeur philosophique et une harmonie qui ont marqué l'histoire de l'art. Au XVIe siècle, la peinture de paysage n'est guère valorisée, relevant plutôt d'un genre accessoire, comparativement à la peinture historique qui peut offrir la consécration à un peintre.

L'œuvre paysagiste de Poussin est ainsi assimilée au genre de la « peinture historique », seul moyen de valoriser les paysages en ce début du XVIIe siècle, comme l'explique cette ressource du Musée des Beaux-Arts de Lyon :

[...] les peintres désirant figurer la nature doivent, à l’image de Nicolas Poussin (1594-1665), parsemer leurs paysages de scènes mythologiques ou religieuses définissant un genre intermédiaire, à la croisée du paysage et de la peinture d’histoire, le « paysage historique ». L’aura exceptionnelle de Poussin tout au long des XVIIIe et XIXe siècles entraine la création d’un Prix de Rome du paysage historique de 1816 à 1863, perpétuant la tradition du paysage classique qui, d’Hubert Robert (1733-1808) à Paul Flandrin (1811-1902), demeure encore l’esthétique la plus appréciée en Europe.

—Musée des Beaux-Arts de Lyon, Paysage et littérature au XIXe siècle

Biographie de Nicolas Poussin

Né en 1594 aux Andelys en Normandie, Nicolas Poussin s'initie à la peinture auprès de maîtres locaux avant de partir pour Paris, puis Rome en 1624, où il passera la majeure partie de sa vie. Influencé par les maîtres de la Renaissance comme Titien et Raphaël, Poussin développe un style classique, rigoureux, où la raison prime sur l'émotion.

Ses œuvres, souvent inspirées de l'Antiquité, intègrent des éléments paysagers qui ne sont pas de simples décors, mais des espaces symboliques chargés de sens. Le premier tableau connu de Nicolas Poussin « La Mort de Chioné » (1622), livre des indices sur les intentions du peintre d'utiliser le paysage pour véhiculer un message. Le soin qu'il apporte à rendre la nature témoigne de son attachement au paysage.

La Mort de Chioné, Nicolas Poussin - 1622
La Mort de Chioné, Nicolas Poussin - 1622 - Musée des Beaux-Arts de Lyon

La nature en toile de fond ne se limite pas à un simple habillage du tableau. Ici, Nicolas Poussin fait figurer des arbres majestueux au premier plan, ainsi que la mer et un ciel couvert en arrière plan. Les reflets de la lune, perçant à travers la couche nuageuse produit des reflets sur la mer, attirant l’œil du spectateur vers l'élément central de l’œuvre, la langue de Chioné transpercée par la flèche qui lui ôte la vie.

D'un point de vue spirituel, la lune symbolise l'accomplissement et l'achèvement, un symbole qu'utilise Nicolas Poussin pour amplifier l'acte de vengeance qui amène la mort de Chioné. La princesse Diane, tenant l'arc dans ses mains, se venge de l'affront de Chioné qui a prétendu avoir plus d'attrait que Diane.

Pour aller plus loin, cette œuvre, réalisée par Poussin lors d'une halte dans la ville de Lyon en 1622, est commentée sur le site du musée des beaux-arts de Lyon où le tableau est conservé.

Dans les années 1640, après plus de seize années passées en Italie, Nicolas Poussin abandonne les récits historiques et mythologiques pour s'adonner aux paysages. Seules quelques figures subsistent dans ses toiles, mais son travail est clairement orienté vers le paysage et le traitement de la lumière. C'est notamment le cas dans son œuvre «Paysage par temps calme » (1651), conservée au Getty Museum de Los Angeles.

Paysage par temps calme, Nicolas Poussin - 1651
Paysage par temps calme, Nicolas Poussin - 1651 - Getty Museum, Los Angeles

Dans cette toile, le traitement de la lumière est époustouflant, tout comme l'équilibre de la scène grâce à une répartition soignée des divers éléments qui la composent. Comme souvent chez les peintres antérieurs au XIXe siècle, le premier plan affiche des couleurs sombres, tandis que l'arrière plan, plus vaste, est beaucoup plus lumineux. Nicolas Poussin exploite une large palette de couleurs, profitant des teintes claires des édifices au loin pour sublimer les effets lumineux. Leurs reflets sur les eaux calmes sont ainsi plus clairs et chatoyants.

Nicolas Poussin a choisi d'habiller le ciel de nombreuses teintes de bleu pale, agrémenté de nuages blancs parfois assombris. La clarté de la scène est amplifiée par le feuillage clairsemé de l'arbre sur la droite du tableau. Il permet d'ouvrir la toile sur le paysage en arrière plan qui semble être le véritable centre d'intérêt de la scène. Des chèvres et un chien joyeux accompagnent un berger au premier plan de ce paysage bucolique. Le massif montagneux au loin conserve des teintes plus sombres, laissant le regard se concentrer sur les habitations.

Ce tableau est une illustration de la capacité de Nicolas Poussin à sublimer un paysage par un travail profond sur la lumière. Comme le précise l'analyse du Getty Museum, cette œuvre de Poussin respire la sérénité (traduit de l'anglais) :

Le paysage au calme n’illustre pas une histoire mais évoque plutôt une humeur. La composition ordonnée et la lumière claire et dorée contribuent à la tranquillité totale, tandis que les couleurs brillantes et semblables à des pierres précieuses et des traits de peinture fluides animent cette scène de nature bienveillante.

—Getty Museum, Paysage au calme (Un Temps calme et serein)

Les paysages dans l'œuvre de Poussin

Les paysages de Poussin ne sont pas des représentations naturalistes, mais des constructions idéalisées. Il compose ses scènes avec une géométrie précise, utilisant la perspective et la lumière pour créer une harmonie entre l'homme et la nature. Ses toiles évoquent une nature éternelle, imprégnée de mythologie et de moralité. Contrairement au baroque flamboyant de ses contemporains, Poussin privilégie l'équilibre et la sérénité, influencé par la philosophie stoïcienne.

Paysage avec les funérailles de Phocion, Nicolas Poussin - 1648
Paysage avec les funérailles de Phocion, Nicolas Poussin - 1648 - Amgueddfa Cymru – Museum Wales

Analyse d'une œuvre majeure, « Paysage avec les funérailles de Phocion »

Réalisée en 1648, cette toile (dont une copie est conservée au Louvre, mais dont l’œuvre originale est conservée au Pays de Galles, à Cardiff, au National Museum of Wales) illustre l'histoire de Phocion, général athénien injustement condamné, dont le corps est porté en terre par un fidèle serviteur. Le paysage domine la composition, avec une vallée verdoyante, des arbres majestueux, un ciel serein et des architectures antiques en fond. Poussin utilise la lumière pour guider le regard, du premier plan sombre vers l'horizon lumineux, symbolisant le passage de la mort à l'éternité.

La nature y est idéalisée, avec une symétrie presque mathématique qui reflète l'ordre moral. Comme l'écrivait Poussin dans une lettre à son mécène :

La peinture n'est autre chose que l'imitation des actions humaines, lesquelles actions, comme disent les poètes, sont des arbres dont les passions sont les racines.

—Nicolas Poussin, Lettres et propos sur l'art

Cette œuvre incarne le « grand goût » de Poussin, où le paysage n'est pas un fond, mais un acteur philosophique.

L'influence des paysages de Poussin sur d'autres peintres

L'héritage de Poussin est immense. Ses paysages classiques ont inspiré les romantiques anglais comme Joseph Mallord William Turner, qui admirait leur lumière dramatique et leur composition structurée. Turner, dans ses vues marines et terrestres, reprend l'idée d'une nature sublime, mais avec plus d'émotion.

Paysage lors d'un orage avec Pyramus et Thisbe, Nicolas Poussin - 1651
Paysage lors d'un orage avec Pyramus et Thisbe, Nicolas Poussin - 1651 - Städel Museum, Francfort, Allemagne

Cette toile a probablement inspiré Turner par son aspect sombre et son caractère menaçant, où le ciel semble se déchainer sur un paysage. Poussin n'oublie pas de traiter la lumière avec parcimonie, laissant un espoir de voir l'orage prendre bientôt fin. L'équilibre de la scène reste magistral, où Poussin encadre le paysage par deux arbres positionnés de part et d'autre du tableau. Le traitement de la lumière et la capacité de Poussin a rendre une toile émotionnelle et sensitive marquera les peintres des siècles suivants.

Au XIXe siècle, les peintres de l'école de Barbizon, comme Théodore Rousseau, s'enracinent dans cette tradition, en cherchant une harmonie entre homme et nature. Plus tard, Paul Cézanne cite Poussin comme référence pour ses Montagnes Sainte-Victoire, où la géométrie du paysage devient abstraite.

Même les impressionnistes, comme Claude Monet, bien que rejetant le classicisme, reconnaissent l'influence indirecte via les paysagistes intermédiaires. Poussin a posé les bases d'une peinture paysagère intellectuelle, influençant jusqu'aux peintres modernes comme les cubistes.

Nicolas Poussin, décédé en 1665 à Rome, laisse un legs où les paysages transcendent le visible pour toucher l'idéal. Ses œuvres invitent à une contemplation philosophique, et leur influence perdure dans l'art occidental.

Paysage avec une femme se lavant les pieds, Nicolas Poussin - 1650
Paysage avec une femme se lavant les pieds, Nicolas Poussin - 1650 - National Gallery of Canada

Crédit photo

- La mort de Chioné : Nicolas Poussin, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

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