L'influence de Claude Lorrain sur J.M.W. Turner
Claude Lorrain, peintre français du XVIIe siècle, qui aura passé la majeure partie de son existence en Italie, a marqué l'histoire de l'art par ses paysages idéalisés où la lumière joue un rôle central. Bien que sa région natale soit la Lorraine, il a été assimilé au classicisme français. Né vers 1600 dans le village de Chamagne dans les Vosges et décédé en 1682 à Rome, où il a passé la plus grande partie de sa vie, il a développé un style qui allie harmonie classique et observation profonde de la nature. Ses compositions, souvent inspirées de mythes ou de scènes bibliques, intègrent des éléments architecturaux et naturels dans une atmosphère sereine et poétique baignée de lumière.
Joseph Mallord William Turner, artiste britannique né en 1775 et mort en 1851, a admiré et étudié longuement l'œuvre de Claude tout au long de sa carrière. Turner, connu pour ses marines exceptionnelles et ses paysages chatoyants où la lumière et les effets atmosphériques dominent, a trouvé dans les travaux de Claude une source d'inspiration qui a façonné son approche artistique et probablement transfiguré son œuvre.
Les origines de l'admiration de Turner pour Claude
Turner a découvert les peintures de Claude lors de ses visites dans les collections privées et publiques d'Angleterre. Selon des historiens de l'art comme John Ruskin, Turner considérait Claude comme un maître inégalé en matière de paysage. Ruskin, dans ses écrits sur les peintres modernes, souligne que Turner a publié son Liber Studiorum « dans exactement la même manière que le Liber Veritatis de Claude », afin de provoquer une comparaison directe entre lui et Claude, « le peintre paysagiste supposé être le plus grand du monde ». Cette citation, tirée des Lectures on Architecture and Painting de Ruskin (éditées par Cook et Wedderburn en 1904), illustre la rivalité amicale que Turner entretenait avec l'héritage de Claude.
Turner a publié le Liber Studiorum dans exactement la même manière que le Liber Veritatis de Claude, pour provoquer une comparaison entre lui et Claude, le peintre paysagiste supposé être le plus grand du monde.
—John Ruskin, Lectures on Architecture and Painting
Le Liber Veritatis de Claude, une série de dessins en plume et lavis monochrome réalisée entre 1635 et 1675, servait à documenter ses peintures. Reproduit en gravures par Richard Earlom en 1777, il a influencé Turner qui a conçu son propre Liber Studiorum (1806-1824) comme un pendant. Composé de soixante-dix gravures publiées en quatorze parties, ce travail de Turner adopte le format monochrome et explore divers types de paysages, classés en catégories comme historique, montagneux, pastoral, marin et architectural. Michael Kitson, dans ses analyses pour la Tate, note que les compositions pastorales élevées de Turner représentent une réévaluation de l'influence de Claude, avec une lumière diffusée plus anglaise et un traitement moins stylisé du feuillage.
Compositions et utilisation de la lumière
Les compositions de Claude se caractérisent par une structure classique, avec un premier plan sombre, un milieu lumineux et un arrière-plan distant baigné de lumière dorée. Cette organisation crée une profondeur et une harmonie qui ont inspiré Turner. Dans ses ports de mer, Claude intègre des éléments narratifs dans des paysages vastes, où la lumière du soleil couchant ou levant unifie la scène. Turner a repris cette approche dans ses propres œuvres, en accentuant les effets atmosphériques. Par exemple, la peinture de Claude Port de mer avec l'embarquement de sainte Ursule (1641, National Gallery, Londres) présente un port animé avec des bâtiments inspirés de Rome, sous une lumière matinale qui guide le regard vers l'horizon.
Turner, dans Dido construisant Carthage (1815, National Gallery, Londres), émule cette structure. Inspirée du poème épique de Virgile, l'Énéide, l'œuvre montre la fondation de Carthage par Dido, avec un port en construction sous une lumière dorée. Turner a explicitement visé à égaler les ports de Claude, comme indiqué dans les catalogues de la National Gallery. Dans son testament de 1831, Turner a stipulé que cette peinture, ainsi que Soleil levant à travers la vapeur, soit accrochée à côté de deux œuvres de Claude : Port de mer avec l'embarquement de la reine de Saba et Paysage avec le mariage d'Isaac et Rebecca.
L'utilisation de la lumière chez Claude, souvent une lumière dorée qui baigne les scènes au lever ou au coucher du soleil, a influencé Turner qui a poussé cette technique vers des effets plus dramatiques. Dans Paysage avec Hagar et l'ange de Claude (vers 1646, National Gallery), la lumière filtre à travers les arbres, créant une atmosphère mystique.
Turner a repris cette idée dans des œuvres comme Le château au-dessus des prés du Liber Studiorum, où la lumière diffuse anglaise rencontre la composition claudienne.
Claude Lorrain a établi un point d'origine pour le paysage du XVIIIe siècle, avec des compositions qui allient harmonie classique et profondeur atmosphérique.
—Extrait d'une thèse sur les paysages anglais et français, Common Ground, Diverging Paths, Université de Louisville
Évolution et rivalité artistique
Bien que Turner ait admiré Claude, il a évolué vers un style plus personnel, où les effets de lumière deviennent presque abstraits. Des historiens comme Evelyn Joll, dans des catalogues de la Tate, décrivent le Liber Studiorum comme « l'une des entreprises de publication les plus complètes jamais montées par un grand artiste ». Turner a copié des peintures de Claude dans ses carnets de croquis, comme identifié par Jerrold Ziff pour des œuvres du Palazzo Barberini. Cette pratique montre comment Turner internalisait le style de Claude pour le transformer.
Dans une thèse sur le sublime et le beau dans les paysages anglais (Université du North Texas), on note que l'influence de Claude sur l'Angleterre du XVIIIe siècle, via des artistes comme Turner, a élevé le statut du paysage à celui d'un genre majeur. Turner a rivalisé avec Claude en produisant des œuvres qui, tout en respectant la composition classique, introduisent une intensité émotionnelle propre au romantisme.
Lire l'article : John Constable et Claude Lorrain, la quête commune de la lumière atmosphérique
Exemples supplémentaires d'œuvres
Une autre œuvre remarquable de Claude est Port de mer avec l'embarquement de la reine de Saba (1648, National Gallery), où la lumière du matin illumine une scène portuaire animée.
Turner, inspiré par cela, a créé Le déclin de l'empire carthaginois (1817, National Gallery), qui reprend la grandeur des ports de Claude Lorrain mais ajoute le sens du déclin historique.
Turner a également été influencé par les paysages pastoraux de Claude, comme Paysage avec le mariage d'Isaac et Rebecca (1648, National Gallery), qui intègre une scène biblique dans un cadre naturel harmonieux. Turner a adapté cela dans La jonction du Severn et de la Wye du Liber Studiorum, où Kitson voit « le paysage anglais exprimé en termes de composition claudienne ».
Pas une pastiche du style de Claude, mais plutôt le paysage anglais exprimé en termes de composition claudienne. Le traitement moins stylisé du feuillage et la lumière diffusée plus anglaise reflètent l'observation propre de Turner de la nature.
—Michael Kitson, Analyse pour la Tate Gallery
L'influence de Claude Lorrain sur J.M.W. Turner représente un pont entre le baroque et le romantisme en peinture de paysage. Turner a non seulement émule les techniques de Claude mais les a transcendées, en introduisant une dimension émotionnelle et atmosphérique qui annonce la modernité. Des institutions comme la National Gallery et la Tate Britain préservent ces œuvres, permettant d'apprécier cette filiation artistique. Cette relation maître-élève, bien que séparés par un siècle, enrichit notre compréhension de l'évolution de l'art paysagiste.
Lire l'article : Comment Claude Lorrain a révolutionné le paysage et influencé trois siècles de peinture
/image%2F7102600%2F20250327%2Fob_3106f9_logo-small.jpg)

Les ventes sont actives, sur la boutique en ligne, seulement lors des différentes sessions annuelles de vente en ligne, qui se déroulent les 10 premiers jours de chaque mois, sauf mention contraire.
Les autres jours du mois, hors session de vente en ligne, vous pouvez réserver une ou plusieurs œuvres de la boutique en ligne en remplissant le 
Le livre d’une vie, Huile sur papier de soie marouflé sur toile - Jame Saurel
Encre sur papier - Style Abstrait - Jame Saurel
Sans titre 1108, Huile sur toile - Guy Lanchais
Sans titre 1206, Huile sur toile, Polyptyque - Guy Lanchais
Encre sur papier - Jame Saurel
Photo, Côte californienne - Christopher Sauvage
Tortue, Terre cuite, Émaillage raku - Anne Roig
Encre de chine sur papier - Mathilde Causse
Encre sur papier - Jame Saurel