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Constant Troyon (1810-1865), le peintre de scènes de la vie rurale

4 Mai 2023 , Rédigé par Camille Publié dans #École de Barbizon, #Artiste, #L'impressionnisme

Constant Troyon (1810-1865), le peintre de scènes de la vie rurale

Portrait de Constant Troyon (1810-1865)Originaire de l'ouest de la région parisienne, Constant Troyon est né le 28 août 1810 à Sèvres, une ville entourée de forêts, d'un père peintre d'ornements à la manufacture de Sèvres, et d'une mère ouvrière.

Dès la fin des années 1820, il reçoit un enseignement artistique d'un autre peintre de la manufacture, Denis Désiré Riocreux (1791-1872), par ailleurs conservateur du musée de Sèvres, qui lui apprend les bases de l'art pictural. Sa formation est complétée par le peintre Camille Joseph Étienne Rocoplan (1803-1855).

La peinture de paysages dans les forêts avoisinantes de la ville de Sèvres marqueront ses premiers pas dans l'art pictural. Il arpente le bois de Meudon, la forêt de Saint-Cloud et celle de Compiègne, à la recherche de vues à saisir. Une rencontre avec Jules Dupré, dans les années 1830, un peintre maître de l'école de Barbizon, incitera Troyon à explorer la peinture en plein air des paysages de la forêt de Fontainebleau.

La récolte des pommes en Normandie, Constant Troyon - Années 1850
La récolte des pommes en Normandie, Constant Troyon - Années 1850 - Worcester Art Museum, Massachusetts

C'est après un voyage en Hollande en 1847 que Constant Troyon se tourne définitivement vers les paysages dans ses peintures, fasciné par les toiles des peintres hollandais de l'Âge d'or comme Aelbert Cuyp, Adriaen van de Velde, et Paulus Potter.

Leurs compositions paysagères étaient souvent peuplées d’animaux domestiques ainsi que de paysans qui vaquaient à leurs tâches quotidiennes.

—Worcester Art Museum, La récolte de pommes en Normandie

Lire l'article : L'école hollandaise des peintres paysagistes au XVIIe siècle en lien avec l'école de Barbizon

Les variations de lumière dans le ciel apparaissent comme un prélude au futur courant des impressionnistes, comme l'explique cette analyse tirée du site du Musée d'Art de Worcester, évoquant l’œuvre de Troyon :

Son extraordinaire capacité à capturer les nuances de la lumière – ici, filtrée à travers le ciel nuageux et le feuillage des pommiers – a gagné l'admiration des impressionnistes pour son travail.

—Worcester Art Museum, La récolte de pommes en Normandie

La lumière des paysages annonçant l'impressionnisme

Après son installation en Normandie vers 1850, l'éclat d'un ciel lumineux et les jeux d'ombres dans un paysage se manifestent toujours à la fin des années 1850 chez Constant Troyon, comme dans cette toile « Un bouquet d'arbres » (1860), conservée à l'Art Institute of Chicago.

Un bouquet d'arbres, Constant Troyon - 1860
Un bouquet d'arbres, Constant Troyon - 1860 - Art Institute of Chicago

Troyon étale ici sa palette de nuances de jaunes et d'ocres dans un ciel couvert de nuages, par petites touches subtiles et discrètes, révélant la souplesse de ses coups de pinceau. On relève un long travail d'analyse de la lumière dans un ciel occupant la moitié supérieure de la toile, dont une partie au centre est masquée par le feuillage d'un bosquet d'arbres. Seules quelques rayons du soleil, d'aspects bleuté et jaunâtre, filtrent à travers les feuilles des arbres.

Au sol, plusieurs masses végétales composées d'espèces variées rivalisent de luminosité entre elles et avec les espaces ombragés devant le volume imposant des arbres au centre. Les arbres en arrière plan, devant lesquels s'étale un champ de céréales, permet à Troyon d'équilibrer son œuvre et de répartir les effets de lumière dans sa toile. Ce travail sur les jeux de lumière trouvera son apogée chez les peintres de l'impressionnisme.

Dans une autre œuvre de Constant Troyon, « Le Pâturage à la gardeuse d'oies » (1854), dans laquelle le ciel tient le rôle principal, couvrant plus de la moitié de la toile, les reflets de la lumière proviennent des oies et des vaches dans un pré.

Le Pâturage à la gardeuse d'oies, Constant Troyon - 1854
Le Pâturage à la gardeuse d'oies, Constant Troyon - 1854 - Musée d'Orsay

Constant Troyon affiche sa maîtrise de la lumière des ciels chargés où percent des éclaircies, laissant apparaitre le bleu du ciel aux teintes bleues de différentes luminosité. Les pâturages en arrière plan sont dans l'ombre d'un nuage, tandis que la vache au premier plan attire le regard par la lumière se reflétant sur son poil de couleur brange. Le plumage des oies du premier plan offre des reflets blancs contrastant avec ceux des oies en retrait de la scène.

La gardeuse d'oies est une jeune fille, comme à l'accoutumée au XIXe siècle où les enfants des paysans gardaient les animaux aux champs, pendant que les parents étaient souvent employés dans les manufactures ou les commerces. Le caractère novateur de cette scène rurale traduit un abandon des règles académiques en vigueur au XIXe siècle, comme le rappelle cet extrait du site du Musée d'Orsay où ce tableau est conservé :

Ici, Troyon montre une fille d'oie menant son troupeau à travers un pâturage. Au milieu du XIXe siècle, le choix d'un sujet comme celui-ci était une véritable nouveauté. Jusque-là, une scène comme celle-ci, représentant une simple paysanne et des animaux de ferme, n’aurait pas été considérée comme assez digne d’un sujet pour un tableau.

—Musée d'Orsay, Le Pâturage à la gardeuse d'oies

Antérieur à ses œuvres de paysages normands affichant du bétail ou des scènes paysannes, un tableau de Constant Troyon rejoint l'approche des peintres de Barbizon, où un ciel menaçant diffuse une lumière vive en son centre alors que des nuages sombres annoncent une tempête imminente.

L'orage qui approche, Constant Troyon - 1849
L'orage qui approche, Constant Troyon - 1849 - National Gallery of Art, Washington

Cette œuvre « L'orage qui approche » de 1849, suggère l'influence des marines des peintres hollandais par le caractère menaçant d'un ciel tourmenté. Bien plus sombre que les scènes de paysages, cette toile permet à Troyon de maximiser les effets de lumière changeante. Les reflets sur l'eau au centre de la scène sont d'autant plus lumineux que le reste est sombre. Il en résulte un tableau parfaitement équilibré qui semble narrer une histoire. Ce chef-d’œuvre de Constant Troyon est d'ailleurs salué par l'analyse de la galerie nationale d'art de Washington :

La tempête qui approche [...] est un chef-d'œuvre antérieur. Sur la rive d'un cours d'eau, une femme et un enfant se dirigent vers une barge tandis que deux traversiers, confrontés au mauvais temps, se hâtent de retirer leurs poteaux de la rive pour signaler la fermeture du ferry.

—National Gallery of Art, Washington, The Approaching Storm by Constant Troyon

Constant Troyon a mis beaucoup de mouvement dans cette toile, aussi bien dans le ciel où tournoient des nuages noirs qu'au sol où des figures s'emploient à affronter la tempête qui surgit.

Lire l'article : John Constable et Claude Lorrain, la quête commune de la lumière atmosphérique

La galerie nationale d'art de Washington note l'influence du peintre anglais John Constable :

La tempête qui approche atteste de l'admiration de Troyon pour le grand peintre paysagiste anglais John Constable (1776-1837). L'œuvre a l'ampleur et le balayage des principales pièces d'exposition de Constable, ses peintures dites de six pieds.

—National Gallery of Art, Washington, The Approaching Storm by Constant Troyon

The Angler, Constant Troyon
The Angler, Constant Troyon - Calouste Gulbenkian Museum, Lisbonne

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