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Armand Guillaumin, un impressionniste méconnu

18 Août 2023 , Rédigé par Camille Publié dans #L'impressionnisme, #Artiste

Armand Guillaumin, un impressionniste méconnu

Armand Guillaumin (1841-1927)Armand Guillaumin, né en 1841 et décédé en 1927, est l'un des peintres impressionnistes les moins célébrés de son époque, malgré son rôle dans le mouvement, aux cotés des plus grands peintres de sa génération.

Au cours de sa vie, il aura eu des rencontres décisives avec Camille Pissarro et Paul Cézanne, participé au salon des refusés de 1863, et contribuer à l'élan de l'impressionnisme tourné vers les paysages et les scènes de genre.

À travers son œuvre, Armand Guillaumin capture la lumière et les couleurs de la nature avec précision, influençant ses contemporains tout en restant fidèle à sa vision artistique.

Les débuts d'Armand Guillaumin

Armand Guillaumin naît le 16 février 1841 à Paris, dans une famille modeste originaire du Berry. Son père, un ouvrier dans l'industrie textile, l'encourage à poursuivre une formation pratique. Jeune, Guillaumin travaille comme employé aux chemins de fer, un emploi stable qui lui permet de subvenir à ses besoins tout en cultivant sa passion pour la peinture. Dès l'âge de 15 ans, il suit des cours du soir à l'Académie Suisse, où il rencontre d'autres artistes en herbe.

Sa formation artistique est marquée par une autodidaxie prononcée. Influencé par les maîtres du Louvre, comme Delacroix et Gustave Courbet, Guillaumin développe un style personnel axé sur les paysages et les scènes urbaines. Ses premières toiles reflètent une sensibilité réaliste, mais il évolue rapidement vers une palette plus lumineuse, préfigurant l'impressionnisme.

En 1861, Guillaumin expose pour la première fois au Salon officiel, mais ses œuvres sont refusées par la suite, le poussant vers des cercles alternatifs. C'est dans ce contexte de rejet institutionnel qu'il forge des amitiés durables avec d'autres artistes marginalisés.

La Seine, Armand Guillaumin - 1867
La Seine, Armand Guillaumin - 1867 - Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg

La rencontre avec Pissarro et Cézanne

La vie de Guillaumin prend un tournant décisif en 1862, lorsqu'il rencontre Camille Pissarro et Paul Cézanne à l'Académie Suisse. Pissarro, déjà engagé dans une quête de représentation naturaliste, devient un mentor pour Guillaumin. Les deux hommes partagent une admiration pour Camille Corot et les paysagistes de l'école de Barbizon, et passent des heures à peindre en plein air dans les environs de Paris.

Cézanne, quant à lui, apporte une intensité structurale à leurs discussions. Guillaumin et Cézanne explorent ensemble les rives de la Seine, capturant les effets de lumière sur l'eau. Ces rencontres ne sont pas seulement artistiques, elles sont aussi personnelles. Guillaumin, avec son tempérament calme, tempère les ardeurs de Cézanne, connu pour son caractère explosif.

Cette influence mutuelle marque le début d'une collaboration qui s'étendra sur des décennies, renforçant le noyau du groupe impressionniste.

Participation au Salon des Refusés de 1863

En 1863, l'empereur Napoléon III ordonne la création du salon des refusés ;pour exposer les œuvres rejetées par le jury officiel. Guillaumin y participe avec plusieurs toiles, dont des paysages parisiens. Bien que moins controversé que le « Déjeuner sur l'herbe » de Édouard Manet, son travail attire l'attention pour sa fraîcheur et son refus des conventions académiques.

Notre Dame de Paris, Armand Guillaumin
Notre Dame de Paris, Armand Guillaumin - Musée national des Beaux-Arts, Rio de Janeiro

Ce salon marque un moment charnière pour l'art moderne. Guillaumin y expose aux côtés de Pissarro et Cézanne, renforçant leur solidarité face à la critique. Les journaux de l'époque moquent ces « refusés », mais pour Guillaumin, c'est une opportunité de visibilité. Il y vend sa première toile significative, un paysage de la Seine, à un collectionneur amateur.

Le Salon des Refusés symbolise la rébellion contre l'académisme, et Guillaumin en est un acteur discret mais essentiel. Ses œuvres, avec leurs touches rapides et leurs couleurs intenses, préfigurent les expositions impressionnistes ultérieures.

Guillaumin et l'impressionnisme

Guillaumin est un membre fondateur du groupe impressionniste, participant à six des huit expositions organisées entre 1874 et 1886. Lors de la première exposition en 1874, chez Nadar, il présente des vues de Paris et de ses environs, capturant l'effervescence urbaine et des paysages avec une palette vive.

Soleil couchant à Ivry, Armand Guillaumin - 1873
Soleil couchant à Ivry, Armand Guillaumin - 1873

Son style évolue vers une emphase sur la couleur pure. Influencé par les théories scientifiques sur la lumière, Guillaumin applique des touches divisées, superposant des teintes complémentaires pour créer des vibrations optiques. Ses paysages, comme ceux de Crozant dans la Creuse, deviennent emblématiques de son approche.

Paysage: Période de Récolte dans la Vallée de la Somme, Armand Guillaumin
Paysage: Période de Récolte dans la Vallée de la Somme, Armand Guillaumin

Contrairement à Monet ou Renoir, Guillaumin maintient un emploi stable jusqu'en 1891, lorsqu'il gagne à la loterie nationale. Ce gain lui permet de se consacrer pleinement à la peinture, voyageant en Hollande, en Espagne et en France rurale. Ses œuvres de cette période, riches en rouges et oranges, reflètent une joie de vivre contagieuse.

Paysage de la Creuse, Armand Guillaumin
Paysage de la Creuse, Armand Guillaumin

L'héritage de Guillaumin

Bien que moins célèbre que ses pairs, Guillaumin influence des générations d'artistes. Van Gogh admire sa maîtrise de la couleur, et Matisse s'inspire de ses compositions audacieuses. Guillaumin décède en 1927 à Orly, laissant un corpus de plus de 2000 œuvres.

Aujourd'hui, ses toiles se trouvent dans des musées comme le Musée d'Orsay et le Metropolitan Museum of Art. Son legs réside dans sa persévérance. Malgré les difficultés financières et le manque de reconnaissance, il reste fidèle à l'impressionnisme pur.

Guillaumin incarne l'esprit de l'impressionnisme, avec une quête incessante de la lumière et de la vérité naturelle. Son amitié avec Pissarro et Cézanne, forgée dans l'adversité, souligne l'importance des réseaux artistiques. Le Salon des Refusés de 1863 n'est pas seulement un événement, c'est le catalyseur d'un mouvement qui révolutionne l'art moderne.

En explorant son œuvre, on découvre un peintre qui, loin des projecteurs, capture l'essence du quotidien avec une vitalité rare. Ses paysages hauts en couleur invitent à une contemplation renouvelée de la nature, rappelant que l'art est avant tout une affaire de perception et d'émotion.

Plongeons plus profondément dans la technique de Guillaumin. Contrairement à certains impressionnistes qui privilégient les effets atmosphériques, Guillaumin accorde une importance particulière à la structure géologique des paysages. Dans ses vues de la Creuse, il représente les rochers et les falaises avec une précision presque scientifique, tout en les baignant de couleurs intenses. Cette approche hybride entre réalisme et impressionnisme le distingue.

Sa palette évolue au fil des ans. Dans les années 1870, influencé par Pissarro, il utilise des tons terreux et verts profonds. À partir des années 1890, après son gain à la loterie, ses couleurs deviennent plus audacieuses, avec des jaunes solaires, des bleus profonds, des rouges flamboyants. Cette explosion chromatique reflète sa libération financière et artistique.

Scène de rivière, Armand Guillaumin - 1890
Scène de rivière, Armand Guillaumin - 1890

Guillaumin n'est pas seulement un paysagiste, il peint aussi des portraits et des scènes industrielles. Ses représentations des usines et des chemins de fer, inspirées de son emploi passé, ajoutent une dimension sociale à son œuvre. Il capture la modernité industrielle avec une sensibilité poétique, contrastant avec les critiques plus acerbes de ses contemporains.

Une exposition rétrospective en 1928, un an après sa mort, met en lumière son importance. Critiques et collectionneurs redécouvrent ses toiles, notant leur influence sur le fauvisme. Matisse, en particulier, cite Guillaumin comme une source d'inspiration pour son usage libéré de la couleur.

Vue de la Seine, Paris, Armand Guillaumin - 1871
Vue de la Seine, Paris, Armand Guillaumin - 1871

Armand Guillaumin mérite une place plus proéminente dans l'histoire de l'art. Sa vie, marquée par la persévérance et l'amitié, illustre les défis et les triomphes des impressionnistes. À travers ses rencontres avec Pissarro et Cézanne, sa participation au Salon des Refusés, et sa contribution au mouvement, Guillaumin incarne l'essence de l'innovation artistique du XIXe siècle.

Un ouvrage publié aux États-Unis (Impressionnisme et paysage moderne: productivité, technologie et urbanisation de Manet à Van Gogh / James H. Rubin - University of California Press, Berkeley - 2008) résume bien les tendances du mouvement impressionniste, en faisant référence à plusieurs peintres, dont Armand Guillaumin (traduit de l'anglais) :

Dans L’impressionnisme et le paysage moderne, James Rubin passe de scènes familières de plaisir - la belle campagne, les gens à loisir - à un paysage qui change à la suite de la productivité, de la technologie et de l'urbanisation. Il démontre non seulement que les révolutions industrielles et démographiques du XIXe siècle ont eu un impact profond sur l’art, mais aussi que l’impressionnisme a été le premier mouvement historique de l’art à embrasser de tels changements.

—James H. Rubin, Description de l'éditeur pour l'impressionnisme et le paysage moderne (2008)

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