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Richard Parkes Bonington (1802-1828), un peintre romantique éphémère

9 Août 2023 , Rédigé par Camille Publié dans #Artiste, #Romantisme

Richard Parkes Bonington (1802-1828), un peintre romantique éphémère

Richard Parkes Bonington (1802-1828)Richard Parkes Bonington, né en 1802 et décédé prématurément en 1828, reste l'une des figures les plus fascinantes du mouvement romantique en peinture.

Bien que sa carrière ait été brève, son œuvre a marqué l'histoire de l'art par sa maîtrise de la lumière et des atmosphères marines et paysagères.

Influencé par les maîtres français et anglais, Bonington a su fusionner des techniques innovantes, notamment à l'aquarelle et à l'huile, pour capturer l'essence fugitive de la nature et des scènes historiques. Un héritage artistique durable qu'il aura transmis au monde de l'art.

Les débuts d'un talent précoce

Né à Arnold, près de Nottingham en Angleterre, Richard Parkes Bonington grandit dans un environnement familial artistique. Son père, un peintre de portraits et un gardien de prison, et sa mère, une enseignante, l'encouragent dès son jeune âge à développer ses compétences en dessin. En 1817, la famille s'installe à Calais en France, fuyant des difficultés financières en Angleterre. C'est là que Bonington commence véritablement sa formation artistique.

À Paris, il intègre l'atelier de Jean-Auguste-Dominique Ingres, puis étudie au Louvre où il copie les maîtres anciens comme Titien et Rubens. Cependant, c'est sous l'influence d'Antoine-Jean Gros qu'il affine son style romantique. Bonington voyage beaucoup, il visite la Normandie, la Bretagne et l'Italie, capturant des paysages côtiers et des vues urbaines qui deviendront emblématiques de son œuvre. Sa précocité est remarquable, puisqu'à seulement 15 ans, il expose déjà au Salon de Paris en 1822.

Il fera partie des nombreux artistes peintres à avoir succombé à l'attrait de la forêt de Fontainebleau, à l'image de ceux de l'école de Barbizon

In the Forest of Fontainebleau, Richard Parkes Bonington - 1825
In the Forest of Fontainebleau, Richard Parkes Bonington - 1825

Son installation à Paris en 1825 marque un tournant. Il y rencontre Eugène Delacroix, avec qui il partage un atelier, et ensemble ils explorent les possibilités de la couleur et de la lumière. Bonington excelle dans l'aquarelle, une technique qu'il élève au rang d'art majeur, influençant par la suite les impressionnistes.

Un style innovant entre romantisme et réalisme

Le style de Bonington se caractérise par une fluidité remarquable et une sensibilité à la lumière naturelle. Ses marines, comme « On the Normandy Coast » (1817-1819) ou « Beach Scene with Cart and Horse » (1825), capturent les effets atmosphériques avec une précision presque photographique, tout en infusant une dimension poétique. Il utilise des touches rapides et des lavis transparents pour rendre les variations du ciel et de l'eau, préfigurant les techniques des futurs impressionnistes comme Claude Monet.

On the Normandy Coast, Richard Parkes Bonington - 1817-1819
On the Normandy Coast, Richard Parkes Bonington - 1817-1819

Dans ses œuvres historiques, telles que « Henri III », Bonington démontre une maîtrise narrative, inspirée par les romans de Walter Scott. Il peint des scènes médiévales avec un souci du détail des costumes et architectural, tout en y intégrant des éléments dramatiques typiques du romantisme. Sa palette est vive, contrastée, évitant les tons sombres pour privilégier la clarté et la luminosité. Sa capacité à rendre les effets de lumière est admirable, par exemple dans son œuvre « Venice: The Grand Canal », dont l'influence se retrouvera chez les peintres de l'école de Barbizon :

[...] Bonington avait une réputation de maître de la lumière et de l'atmosphère [...] Malgré la brièveté de sa carrière, il est, avec John Constable (1776-1837), crédité d'avoir inspiré l'école romantique française et influencé les peintres de l'école de peinture de paysage Barbizon.

National Gallery of Art, Washington, The Grand Canal

Venice: The Grand Canal, Richard Parkes Bonington - 1826
Venice: The Grand Canal, Richard Parkes Bonington - 1826

Bonington fut profondément affecté par une visite à Venise en 1826. [...] cette vue, réalisée en 1826, est devenue la plus connue de toutes ses compositions italiennes et a été très admirée par JMW Turner (1775-1851).

National Galleries of Scotland, Edinburgh, Richard Parkes Bonington, Venice: The Grand Canal

Bonington est également connu pour ses lithographies, qui popularisent son travail auprès d'un public plus large. Ses séries sur les vues de France et d'Italie, publiées dans des albums comme « Restes et fragments », témoignent de son intérêt pour l'architecture gothique et renaissance. Ces gravures, souvent rehaussées à l'aquarelle, combinent précision topographique et sensibilité artistique.

Comparaison avec William Turner et John Constable

Richard Parkes Bonington occupe une place unique dans le paysage artistique romantique, souvent comparé à ses contemporains anglais Joseph Mallord William Turner et John Constable, bien qu'il ait passé la majeure partie de sa vie en France. Turner, maître des effets atmosphériques sublimes, excelle dans la représentation de la nature en tant que force déchaînée, comme dans « The Shipwreck » (Le Naufrage, 1805) où la lumière dramatique et les tourbillons de couleurs évoquent le chaos cosmique.

The Shipwreck, Joseph Mallord William Turner - 1805
The Shipwreck, Joseph Mallord William Turner - 1805

Constable, en revanche, adopte une approche plus ancrée dans le réalisme rural, capturant les paysages anglais avec une fidélité presque scientifique, comme dans « Landscape with Timber Waggon », où chaque détail botanique reflète une observation minutieuse de la campagne.

Landscape with Timber Waggon, Richard Parkes Bonington - 1825
Landscape with Timber Waggon, Richard Parkes Bonington - 1825

Bonington, influencé par les deux, fusionne ces éléments, ses marines et paysages côtiers, tels que « Coastal Scene of Northern France », intègrent la luminosité tourmentée de Turner avec le naturalisme précis de Constable, mais en y ajoutant une touche française de légèreté, de luminosité et de fluidité inspirée de l'aquarelle.

Coastal Scene of Northern France, Richard Parkes Bonington - 1826
Coastal Scene of Northern France, Richard Parkes Bonington - 1826

Contrairement à Turner dont les œuvres tardives versent dans l'abstraction, ou à Constable qui reste attaché à la topographie locale, Bonington privilégie une harmonie poétique, rendant ses compositions plus accessibles et intimes, préfigurant ainsi l'impressionnisme.

L'influence française et les voyages inspirateurs

Installé en France dès son adolescence, Bonington absorbe les influences de l'école française romantique. Son amitié avec Delacroix l'amène à explorer les thèmes orientaux et historiques avec une vigueur chromatique. Lors de son voyage en Italie en 1826, accompagné de son mécène le baron Rivet, il peint des vues de Venise qui rivalisent avec celles de Canaletto, mais avec une modernité romantique.

Ses aquarelles vénitiennes, comme « Vue de Venise. Le quai des Esclavons et le palais des Doges », capturent la réflexion de la lumière sur le palais avec une luminosité inégalée. Bonington utilise des techniques mixtes, aquarelle sur papier mouillé pour les effets diffus, rehaussée de gouache pour les détails. Ces œuvres influencent directement les peintres français comme Camille Corot et les peintres de Barbizon.

Vue de Venise. Le quai des Esclavons et le palais des Doges, Richard Parkes Bonington - 1826
Vue de Venise. Le quai des Esclavons et le palais des Doges, Richard Parkes Bonington - 1826

De retour en Angleterre en 1827, il expose à la Royal Academy, où ses toiles reçoivent un accueil enthousiaste. Cependant, sa santé fragile, il souffre de tuberculose, l'empêche de poursuivre pleinement sa carrière. Pourtant, il produit une série de paysages anglais, reliant ses racines à son éducation française.

L'héritage d'un artiste éphémère

Malgré sa mort à seulement 26 ans, l'héritage de Bonington est immense. Ses œuvres, dispersées dans les musées comme le Louvre, la National Gallery de Londres et la Wallace Collection, inspirent les générations suivantes. Les impressionnistes citent souvent son utilisation de la lumière et de la couleur comme précurseure.

Lire l'article : L'influence de la lumière normande dans la peinture impressionniste

Son influence s'étend au-delà de la peinture. Les photographes du XIXe siècle, comme Gustave Le Gray, s'inspirent de ses marines pour leurs compositions. En France, il est considéré comme un lien entre les écoles anglaise et française, favorisant un échange culturel fructueux.

Aujourd'hui, les collectionneurs apprécient ses aquarelles pour leur rareté et leur qualité. Des expositions rétrospectives, comme celle au Petit Palais en 1992 (Richard Parkes Bonington : du plaisir de peindre), rappellent son génie précoce. Bonington incarne l'idéal romantique de l'artiste maudit, dont la brève existence a produit une œuvre intemporelle.

Richard Parkes Bonington reste un pilier du romantisme pictural. Sa capacité à capturer l'éphémère, influencée par ses voyages et ses rencontres, fait de lui un artiste universel. Pour les amateurs d'art, explorer son œuvre offre des connaissances profondes sur l'évolution de la peinture moderne.

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