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Johan Barthold Jongkind, le lien entre romantisme et impressionnisme

18 Janvier 2024 , Rédigé par Camille Publié dans #Artiste, #L'impressionnisme, #Romantisme

Johan Barthold Jongkind, le lien entre romantisme et impressionnisme

Frédéric Bazille (1841-1870)Johan Barthold Jongkind (1819-1891), peintre néerlandais installé en France, représente une figure charnière dans l'histoire de l'art du XIXe siècle.

Souvent qualifié de « pont » entre le romantisme et le courant de l'impressionnisme, il a su capturer les effets fugaces de la lumière et de l'atmosphère avec une sensibilité unique, influençant directement des maîtres comme Claude Monet ou Eugène Boudin.

Bien que moins connu du grand public que ces derniers, Jongkind est un précurseur essentiel de la peinture en plein air et des études atmosphériques.

Au cours de sa vie nomade, il a perfectionné ses techniques innovantes, produisant des œuvres emblématiques et tenant un rôle décisif dans la transition vers l'impressionnisme. Ses aquarelles et huiles ont libéré la représentation du paysage des conventions romantiques.

Les origines néerlandaises et la formation romantique

Né le 3 juin 1819 à Lattrop, un petit village du Overijssel aux Pays-Bas, Johan Barthold Jongkind grandit dans une famille modeste. Son père, un douanier, décède tôt, laissant la mère élever seule les enfants. Dès l'âge de 12 ans, Jongkind montre un talent pour le dessin et intègre l'école de dessin de La Haye en 1837. Il y étudie sous la direction d'Andreas Schelfhout, maître du paysage romantique néerlandais, connu pour ses scènes hivernales idéalisées et dramatiques. Plus tard, en France, il sera lui aussi attiré par la Normandie, berceau de l'impressionnisme, et contribuera à renforcer l'influence de la lumière normande dans la peinture impressionniste en devenir. Sa toile Saint-Valéry-en-Caux (1852) a été peinte non loin des fameuses falaises normandes d’Étretat.

Saint-Valéry-en-Caux, Johan Barthold Jongkind - 1852
Saint-Valéry-en-Caux, Johan Barthold Jongkind - 1852

Influencé par les grands peintres hollandais du Siècle d'or comme Jacob van Ruisdael, Jongkind développe un goût pour les marines et les ciels tourmentés.

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En 1845, il remporte une bourse qui lui permet de voyager en France. Installé à Paris en 1846, il fréquente l'atelier d'Eugène Isabey, romantique spécialiste des côtes normandes. Isabey l'encourage à peindre sur le motif, une pratique encore rare. Jongkind expose au Salon de 1848 avec Vu du port de Harfleur, marquant ses débuts français.

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Cependant, sa vie est marquée par l'instabilité. Alcoolisme, dettes et crises mélancoliques le contraignent à des séjours en asile. Malgré cela, il voyage incessamment, en Normandie, Hollande et Bretagne, capturant des croquis rapides qui serviront de base à ses œuvres. Ses premières toiles, comme Paysage en Hollande (1840s), portent encore la marque romantique, avec des compositions dramatiques et des effets de clair-obscur prononcés.

Vue de Harfleur, Johan Barthold Jongkind - 1852
Vue de Harfleur, Johan Barthold Jongkind - 1852

La maîtrise de l'aquarelle et la peinture en plein air

Jongkind excelle particulièrement dans l'aquarelle, une technique qu'il élève au rang d'art majeur. Contrairement à l'huile, l'aquarelle permet des effets transparents et rapides, idéaux pour saisir l'instantanéité de la lumière. Dès les années 1850, il produit des centaines d'études sur le motif, bords de Seine, ports normands, moulins hollandais. Ses touches fluides et diluées anticipent les vibrations lumineuses impressionnistes.

En 1855, il retourne aux Pays-Bas pour des raisons de santé, mais revient en France en 1860, s'installant à Paris. Il fréquente le cercle de l'École de Barbizon et rencontre Camille Corot, qui l'admire. Jongkind peint souvent en compagnie de Eugène Boudin à Honfleur ou Trouville. Ses aquarelles et ses huiles sur toile de cette période, comme celles des Vues de la Seine, montrent une dissolution progressive des formes au profit de l'atmosphère, avec des ciels nuageux, des reflets miroitants et des vents palpables.

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La Seine et Notre-Dame de Paris, Johan Barthold Jongkind - 1864
La Seine et Notre-Dame de Paris, Johan Barthold Jongkind - 1864

Sa technique évolue, il utilise des lavis larges, des réserves de blanc pour les lumières, et superpose des glacis pour créer de la profondeur. Contrairement aux romantiques, qui dramatisent la nature, Jongkind l'observe avec neutralité, capturant les variations météorologiques. Monet, qui le rencontre en 1862 à Sainte-Adresse, déclare plus tard : « C'est à lui que je dois l'éducation définitive de mon œil. »

Les reflets vibrants du ciel et l'eau, la touche fractionnée, cet amour profond du Paris moderne évoqué par Emile Zola viennent expliquer qu'en 1927, dans un ouvrage qu'il lui consacre, Paul Signac qualifie Jongkind de rénovateur du paysage moderne et le place entre Corot et Monet.

—musee-orsay.fr, La Seine et Notre-Dame de Paris

Les années normandes et l'influence sur les impressionnistes

Les décennies 1860-1870 sont les plus productives. Jongkind s'établit à Nevers, puis à La Côte-Saint-André, mais voyage constamment en Normandie. Il sera présent au salon des refusés en 1863. Ses séries de Moulins en Hollande ou Paysages urbains de Paris montrent une ville en mutation, des chantiers, ponts, fumées industrielles. Il expose au Salon jusqu'en 1873, mais participe aussi aux cercles indépendants.

Son influence sur l'impressionnisme est directe. Boudin, son ami proche, adopte ses effets de ciel et de mer.

Jongkind commençait à faire avaler une peinture dont l’écorce un peu dure cachait un fruit excellent et des plus savoureux. J’en profitai pour entrer aussi par la porte qu’il avait forcée, et je commençai, quoique timidement encore, à offrir mes marines.

—Eugène Boudin l’Art, juin 1887, Eugène Boudin : une rencontre décisive

Monet, lors de son séjour en Hollande en 1871, peint des moulins inspirés de Jongkind. Sisley et Pissarro apprécient ses compositions décentrées et ses palettes claires. Jongkind refuse cependant de rejoindre les expositions impressionnistes de 1874, préférant son indépendance.

Si l'art de Jongkind est difficile à classer, à la charnière entre deux esthétiques, hollandaise et impressionniste, les œuvres présentées par le musée d'Orsay montrent l'originalité de sa manière, sa facture comme sa palette étant tout à fait personnelles.

—culture.gouv.fr, Johan Barthold Jongkind (1819-1891)

Techniquement, il préfigure les touches fragmentées. Ses pinceaux chargés d'eau créent des halos lumineux, dissolvant les contours. Ses marines, comme La Jetée à Honfleur (1865), capturent le mouvement des vagues avec une économie de moyens qui inspire les Impressions de Monet, et une maîtrise parfaite des reflets sur l'eau.

Honfleur, Johan Barthold Jongkind - 1865
Honfleur, Johan Barthold Jongkind - 1865

Les dernières années et l'héritage posthume

Atteint de paralysie en 1880, Jongkind réduit sa production mais continue les aquarelles. Soutenu par sa compagne Joséphine et des amis comme la comtesse de Nivernais, il s'installe à Grenoble. Il meurt le 9 février 1891 à Saint-Égrève, près de Grenoble.

Son œuvre, redécouverte au XXe siècle, influence les fauves et les expressionnistes par sa liberté chromatique. Des expositions majeures, comme celle du musée d'Orsay en 2004, le consacrent comme précurseur. Aujourd'hui, ses aquarelles atteignent des records aux enchères, témoignant de leur modernité.

Pourquoi Jongkind est-il le lien parfait entre romantisme et impressionnisme ?

Du romantisme, Jongkind retient le drame de la nature et l'émotion subjective. Mais il l'assouplit par une observation scientifique de la lumière, annonçant l'objectivité impressionniste. Ses études rapides, réalisées en extérieur, préparent les séries de Monet (cathédrales, meules). Sans Jongkind, l'impressionnisme aurait manqué cette transition fluide vers la capture de l'instant.

Les historiens comme Robert Herbert soulignent que Jongkind a enseigné aux impressionnistes à voir la nature non comme un décor, mais comme un phénomène en perpétuel changement. Ses ciels, occupant souvent les deux tiers de la composition, libèrent l'espace pictural.

Un précurseur discret mais essentiel

Johan Barthold Jongkind, par sa vie bohème et son génie intuitif, relie deux époques. Il transforme le paysage romantique en une vibration lumineuse, ouvrant la voie à l'impressionnisme. Explorez ses traces en Normandie ou parcourez d'autres articles comme La Normandie, berceau de l'impressionnisme, de Honfleur à Giverny.

Quai à Honfleur, Johan Barthold Jongkind - 1866
Quai à Honfleur, Johan Barthold Jongkind - 1866

Lors de ses passages en Hollande, Jongkind peint des toiles préfigurant l'impressionnisme par leurs effets lumineux, comme en témoigne cette toile Canal à Rotterdam (1873). Ce clair de lune marque le génie de Jongkind, bien que son talent ne soit pas reconnu en Hollande à cette époque.

Canal à Rotterdam, Johan Barthold Jongkind - 1873
Canal à Rotterdam, Johan Barthold Jongkind - 1873

Son amour pour l'art lui a joué de mauvais tours. Il aura souvent été absent des salons :

Même s’il a besoin d’argent, il n’envoie pas quelque chose qui ne lui plaît pas. Jean Rousseau dira à son sujet en 57 « Jongkind traite vraiment l’art en artiste : nul besoin des exigences bourgeoises. Sa toile est-elle à l’effet ? Elle est finie, il pose son pinceau, il ne perdra pas son temps à la lécher, à la peigner, à l’endimancher pour lui procurer l’entrée des salons ».

—jongkind.fr, Retours en Hollande

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