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Narcisse Díaz de la Peña, un coloriste de génie à l'école de Barbizon

1 Février 2019 , Rédigé par Camille Publié dans #École de Barbizon, #L'impressionnisme

Narcisse Díaz de la Peña, un coloriste de génie à l'école de Barbizon

Narcisse Díaz de la Peña (1807-1876)Narcisse Virgilio Díaz de la Peña (1807-1876) est l'un des principales figures de l'école de Barbizon, ce mouvement artistique qui a révolutionné la peinture de paysage au XIXe siècle en France.

Né à Bordeaux de parents espagnols, Díaz a traversé une enfance marquée par la précarité et la perte précoce de ses parents, ce qui l'a conduit à travailler dès son jeune âge comme apprenti dans une manufacture de porcelaine. C'est là qu'il a développé un sens aigu de la couleur et des formes, qui deviendra la signature de son art.

Installé plus tard à Barbizon, il a contribué à faire de ce village un foyer d'innovation picturale, préfigurant les avancées de l'impressionnisme par sa fascination pour la lumière naturelle et les vibrations chromatiques de la nature.

Les débuts d'un artiste autodidacte

Orphelin à un âge tendre, Narcisse Díaz a dû subvenir à ses besoins en intégrant l'industrie de la porcelaine, où il apprit à peindre des motifs délicats sur des objets fragiles. Cette expérience initiale l'a sensibilisé à la subtilité des teintes et à la précision du geste, des qualités qui transparaissent dans ses œuvres ultérieures. Autodidacte pour l'essentiel, il s'est formé en observant les maîtres du passé, influencé par les romantiques comme Eugène Delacroix, mais aussi par les paysagistes hollandais du XVIIe siècle, tels que Jacob van Ruisdael, dont les dramatisations naturelles l'ont profondément marqué.

Lire l'article : L'école hollandaise des peintres paysagistes au XVIIe siècle en lien avec l'école de Barbizon

Ses premières peintures, souvent inspirées de thèmes mythologiques, orientaux ou médiévaux, reflètent l'esprit romantique de l'époque. Des nymphes endormies ou des bohémiennes mystérieuses peuplent ses toiles, mais déjà, la nature, et particulièrement la forêt, occupe une place centrale, comme un cadre éternel et dominant. Díaz n'hésitait pas à intégrer des éléments naturels réels, tirés de ses observations directes, ce qui distinguait son travail des compositions purement imaginaires de ses contemporains.

Forêt de Fontainebleau, Narcisse Díaz de la Peña - 1874
Forêt de Fontainebleau, Narcisse Díaz de la Peña - 1874

En tant qu'étude de la nature, ce paysage place Diaz au premier rang des peintres de l'Ecole de Barbizon, proche de Théodore Rousseau.

— Ministère de la Culture, La forêt de Fontainebleau

L'installation à Barbizon et l'amitié avec les maîtres du paysage

C'est en rencontrant Théodore Rousseau, l'un des piliers de l'école de Barbizon, que Díaz décide de s'installer au village de Barbizon, au n°28 de la Grande Rue. Ce lieu deviendra un centre névralgique pour les artistes en quête d'une peinture authentique, loin des contraintes académiques du Salon officiel. Barbizon, avec sa proximité de la forêt de Fontainebleau, offrait un terrain idéal pour explorer les variations infinies de la lumière et des saisons.

Lire l'article : Le Musée départemental des peintres de Barbizon en Seine-et-Marne

Crépuscule dans la pleine de Barbizon, Narcisse Díaz de la Peña
Crépuscule dans la pleine de Barbizon, Narcisse Díaz de la Peña

L'intérêt des peintres pour la forêt de Fontainebleau au XVIIIe et XIXe siècle, ne faisait que se renforcer, non seulement pour fuir l'industrialisation parisienne et la rigueur académique des Beaux-Arts, mais aussi pour trouver une nouvelle voie dans l'exploitation des effets lumineux, des textures variées de la flore et de la recherche sur les couleurs de la nature.

Díaz y peignit inlassablement les sites emblématiques, le Bas-Bréau, les gorges d'Apremont et la vallée de la Solle. Son style, caractérisé par une touche vive et une palette éclatante, contrastait avec la sobriété de Théodore Rousseau ou la rusticité de Jean-François Millet, qu'il soutint financièrement et moralement. En effet, Díaz eut l'idée novatrice de vendre ses esquisses réalisées sur le motif à des prix accessibles, une pratique qui préfigurait le marché de l'art moderne et aidait ses amis artistes en difficulté.

Promenade en forêt de Fontainebleau - Narcisse Díaz de la Peña - 1860
Promenade en forêt de Fontainebleau - Narcisse Díaz de la Peña - 1860

La maîtrise de la lumière et des couleurs, une préfiguration de l'impressionnisme

À Barbizon, Díaz s'affirma comme un maître de la lumière. Ses toiles capturent les vibrations du feuillage sous le soleil, avec une touche fragmentée qui évoque déjà les impressionnistes. Influencé par les romantiques anglais comme Richard Parkes Bonington, John Constable et Joseph Mallord William Turner, il intégra une transparence atmosphérique qui renouvelait le paysage français. Sans l'école de Barbizon, l'impressionnisme n'aurait pas émergé avec une telle force. Díaz, par sa sensibilité aux changements lumineux, en fut un précurseur essentiel.

Pratiquant résolument le paysage en plein air aux alentours de Barbizon depuis 1830, Díaz de la Peña s’intéresse à la lumière dont les contrastes sont évoqués par une matière empâtée et vibrante.

— Musées de Reims, La forêt de Fontainebleau

Ses peintures forestières, où la nature domine souvent sans présence humaine marquée, traduisent une humilité face aux forces cosmiques. Une figure solitaire apparaît parfois, minuscule au milieu des arbres, soulignant la grandeur de l'environnement. La vivacité de sa palette, qualifiée de « baroque » par certains, rappelait Le Corrège, avec des resonances chromatiques intenses.

Fagotière, mare et bord de clairière - Narcisse Díaz de la Peña
Fagotière, mare et bord de clairière - Narcisse Díaz de la Peña

Bien que Baudelaire ait critiqué cette évolution vers une ambition plus large, Díaz persévéra, enrichissant son art d'une profondeur émotionnelle unique.

Une vidéo pour plonger dans l'œuvre de Díaz

Pour mieux apprécier la promenade en forêt de Fontainebleau peinte par Díaz, découvrez cette vidéo instructive de Jean Mineraud, qui explore son style et son influence :

Dans cette vidéo, Mineraud souligne comment Díaz, à travers ses représentations de la forêt, a capturé l'essence dramatique héritée des maîtres hollandais tout en intégrant une luminosité romantique anglaise, posant les bases de l'impressionnisme.

Lire l'article : La peinture hollandaise au XVIIe siècle, un âge d'or artistique

L'héritage de Díaz et son impact sur l'art moderne

Le succès au Salon de 1844 avec « La Descente des bohémiens » marqua un tournant, permettant à Díaz de vivre de son art. Son rôle de coloriste le distinguait au sein de l'école de Barbizon, où il influença directement des artistes comme Rousseau et Millet. En vendant ses études sur le motif, il démocratisa l'accès à l'art, anticipant les pratiques des impressionnistes qui exposèrent leurs œuvres inachevées pour capturer l'instant.

Descente de bohémiens en sous-bois, Narcisse Díaz de la Peña - 1844
Descente de bohémiens en sous-bois, Narcisse Díaz de la Peña - 1844

Aujourd'hui, l'œuvre de Díaz est célébrée pour sa contribution à la transition du romantisme vers l'impressionnisme. Ses toiles, exposées dans des musées comme le Louvre ou le Metropolitan Museum of Art, inspirent toujours par leur vitalité. En peignant la forêt de Fontainebleau avec une telle intensité, il a non seulement immortalisé un lieu, mais aussi une vision de la nature comme source infinie de beauté et de mystère.

En approfondissant, on note que Díaz, malgré sa jambe de bois suite à une morsure de vipère pendant son enfance, parcourait inlassablement la forêt, capturant ses humeurs changeantes. Ses compositions, souvent asymétriques, guidaient l'œil vers des points lumineux, une technique que Claude Monet et Pierre-Auguste Renoir adopteraient plus tard. L'école de Barbizon, avec Díaz en figure clé, rejeta l'académisme pour une peinture en plein air, essence de l'impressionnisme naissant.

Lire l'article : Les principaux artistes à l'origine de l'impressionnisme au XIXe siècle

Son influence s'étend bien au-delà, des artistes comme Vincent van Gogh admirèrent sa palette vibrante. Díaz mourut en 1876, laissant un legs de plus de 1000 œuvres, majoritairement des paysages forestiers. Son art, poétique et sensoriel, invite à une contemplation profonde de la nature, rappelant que la peinture n'est pas imitation, mais interprétation émotive.

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