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Le journal intime de Julie Manet, une fenêtre sur l'impressionnisme

20 Décembre 2021 , Rédigé par Camille Publié dans #L'impressionnisme

Le journal de Julie Manet, une fenêtre sur l'impressionnisme

Image de couverture du journal intime de Julie Manet, 2017Julie Manet (1878-1966), fille de la peintre impressionniste Berthe Morisot et d’Eugène Manet, frère d’Édouard Manet, a laissé un témoignage précieux à travers son journal intime, tenu entre 1893 et 1899.

Publié en 1979, ce document offre une immersion unique dans l’univers impressionniste, révélant les coulisses d’une époque artistique révolutionnaire. Il a été réédité aux Éditions Mercure de France en 2017.

Complété par le manuscrit inédit de sa cousine Jeannie Gobillard, ce journal éclaire les liens familiaux, les fiançailles et l’héritage artistique de Julie.

Cet article explore ce récit intime, mêlant les douleurs d'une adolescente à son sens de l'observation en visite chez Mallarmé et aux discussions sur la peinture et la littérature avec des personnages illustres.

Un journal né dans la douleur

Photographie de Julie Manet, 1894Commencé en 1893, à l’âge de quatorze ans, le journal de Julie Manet reflète une période de bouleversements personnels. Après la mort de son père, Eugène Manet, en 1892, et de sa mère, Berthe Morisot, en 1895, Julie se retrouve orpheline.

Photo : Julie Manet photographiée en 1894.

Sous la tutelle du poète Stéphane Mallarmé, elle consigne ses pensées, ses rencontres et ses émotions dans un carnet qui devient un refuge. Ce journal, riche de détails, capture l’atmosphère d’une époque marquée par l’effervescence artistique.

Les pages décrivent les visites d’artistes tels que Pierre-Auguste Renoir, Edgar Degas ou Claude Monet, tous proches de la famille Manet. Julie y relate des moments intimes, comme les visites chez Claude Monet à Giverny, leçons de peinture avec Renoir ou les discussions littéraires avec Mallarmé. Un passage illustre cette proximité avec le peintre Claude Monet :

Parties ce matin de bonne heure pour Giverny. Pluie toute la journée. M. Monet nous a montré ses cathédrales. Il y en a vingt-six, elles sont magnifiques, quelques-unes toutes violettes, d’autres blanches, jaunes, avec un ciel bleu, roses avec un ciel un peu vert, puis une dans le brouillard, deux ou trois dans l’ombre au bas et éclairées des rayons du soleil sur les tours. Ces cathédrales, admirablement dessinées sont faites par masses, et cependant on y découvre chaque détail, elles sont tellement dans l’air. Cela me semble si difficile de ne pas dessiner tous les détails. Ces tableaux de M. Monet donnent une bonne leçon de peinture.

— Éditions Mercure de France, Julie Manet Journal (1893-1899)

La cathédrale de Rouen. Le portail vu de face, Harmonie brune, Claude Monet - 1892
La cathédrale de Rouen. Le portail vu de face, Harmonie brune, Claude Monet - 1892

Lire l'article : Les principaux artistes à l'origine de l'impressionnisme au XIXe siècle

Elle évoque aussi son père, Eugène Manet, décédé deux années auparavant, qui lui manque terriblement, ainsi que sa relation avec sa mère, Berthe Morisot. Comme lors de la solennité de la Toussaint, le Mercredi 1er novembre 1893 :

Fête de la Toussaint, jour triste. Il y a un an nous étions à Tours, et en 91 nous avions Papa avec nous. Qu’il est triste de perdre un père, avec lequel on vit toujours : ne plus le voir jamais, jamais. Souvent quand je rêve de Papa, je me sens si malheureuse en me réveillant, il me faut absolument, je voudrais le voir, l’entendre, parler et être gentille avec lui. Pourquoi n’ai-je pas un meilleur caractère avec Maman ! chaque jour je me le reproche, mais je ne m’y applique pas assez.

— Éditions Mercure de France, Julie Manet Journal (1893-1899)

Son journal révèle également son amour pour la musique et la peinture, ainsi que ses visites régulières au Louvre, où elle copie des œuvres classiques, perpétuant une tradition familiale.

Allées aujourd’hui, Maman, Jeannie et moi au Concert Colonne. Nous sommes arrivées lorsque l’on jouait la symphonie de Beethoven qui est très belle ; entendu ensuite Mlle Franck chanter le Roi des Aulnes. L’orchestre dominait sa voix. La Chevauchée des Walkyries m’a semblé mieux jouée par l’orchestre de Colonne que par celui de Lamoureux, c’est-à-dire avec plus de particularité. Ensuite on n’a joué que du Gounod, l’Hymne à Sainte-Cécile ressemblant à l’Ave Maria, a été très bien joué par les violons. Je n’aime pas la voix de Mlle Pacary qui a chanté la Reine de Saba. Dans l’Ave Maria et surtout dans le troisième morceau de Gallia j’ai beaucoup aimé la voix de Mlle Krauss.

— Éditions Mercure de France, Julie Manet Journal (1893-1899)

Portrait de Julie Manet, Pierre Auguste Renoir - 1894
Portrait de Julie Manet, Pierre Auguste Renoir - 1894

Les fiançailles et le double mariage

Un des moments forts du journal est le récit des fiançailles de Julie avec Ernest Rouart, rencontré en 1897 au Louvre. Ce lieu, symbole de l’héritage artistique de la famille Manet, devient le théâtre d’une rencontre amoureuse. Julie décrit avec émotion les instants passés à copier des tableaux de Titien ou Véronèse aux côtés d’Ernest, lui-même peintre et collectionneur.

Le 31 mai 1900, Julie épouse Ernest Rouart lors d’un double mariage avec sa cousine Jeannie Gobillard et le poète Paul Valéry. Le journal capture la joie de cet événement, illustré par des photographies inédites exposées au Musée Marmottan Monet. Ces moments festifs contrastent avec les années de deuil, montrant la résilience de Julie face aux épreuves.

Photo du mariage de Julie Manet - mai 1900
Photo du mariage de Julie Manet - mai 1900 - Musee Marmottan Monet, Paris, France / Bridgeman Images

Sur la photo, de gauche à droite : Ernest Rouart (1874-1942) et sa femme Julie Manet (1878-1966), Paul Valéry (1871-1945) et sa femme Jeannie Gobillard (1877-1970), le jour de leur mariage, mai 1900.

Le manuscrit de Jeannie Gobillard, un complément précieux

Le journal de Julie est enrichi par le manuscrit inédit de sa cousine Jeannie Gobillard, également orpheline et élevée aux côtés de Julie. Ce texte, récemment mis en lumière lors de l’exposition au Musée Marmottan Monet, détaille les mêmes événements, comme les fiançailles et le mariage, mais sous un angle différent. Jeannie, formée à la peinture par Berthe Morisot, apporte une perspective complémentaire sur la vie artistique et familiale.

Les deux journaux révèlent l’influence des impressionnistes, notamment à travers les visites au château du Mesnil, résidence familiale transformée en havre artistique. Les descriptions de Jeannie et Julie offrent un regard croisé sur les interactions avec des figures comme Degas, qui supervisait parfois leurs travaux artistiques.

La peinture dans le journal de Julie

Julie Manet, bien que non professionnelle, pratiquait la peinture sous la tutelle de Renoir. Son journal mentionne des œuvres comme Femme avec Laërte (1898), où elle représente sa levrette offerte par Mallarmé. Cette œuvre, influencée par le style fluide de sa mère, illustre son attachement aux thèmes impressionnistes, lumière, quotidien et intimité.

Le journal détaille également ses visites dans les ateliers d’artistes, où elle observe et apprend. Ces passages soulignent l’importance de la transmission artistique dans sa vie.

Une mémoire de l'impressionnisme pour l’avenir

Le journal de Julie Manet est plus qu’un simple récit personnel, c’est un document historique qui perpétue l’esprit impressionniste. En consignant ses souvenirs, Julie a préservé l’héritage de sa mère, Berthe Morisot, de son oncle Édouard Manet et de leurs contemporains.

Le journal de Julie Manet, enrichi par le manuscrit de Jeannie Gobillard, est une fenêtre ouverte sur l’impressionnisme et ses figures emblématiques. À travers ses mots, nous découvrons une jeune femme résiliente, immergée dans un monde d’art et de création. Pour en savoir plus sur cette édition du journal intime de Julie Manet, retrouvez ce journal intime sur le site des Éditions Mercure de France.

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