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Eugène Lavieille (1820-1889), le peintre poète de la nature

14 Janvier 2020 , Rédigé par Camille Publié dans #École de Barbizon, #Artiste

Eugène Lavieille (1820-1889), le peintre poète de la nature

Eugène Lavieille (1820-1889)Eugène Lavieille, né le 29 novembre 1820 à Paris et décédé le 8 janvier 1889 dans la même ville, est un peintre français dont l'œuvre est profondément ancrée dans la représentation de la nature.

Passionné par les paysages, il a su cueillir et glorifier les essences fugaces des saisons, des lumières et des atmosphères rurales, faisant de lui une figure emblématique de l'école de Barbizon et un précurseur du mouvement impressionniste.

Parisien d'origine, il a montré un attrait irrésistible pour les scènes de la campagne, peignant la vie rurale sans délaisser pour autant sa ville natale, dont il a représenté les bords de la Seine et la butte Montmartre notamment.

Un ouvrage littéraire sur Eugène Lavieille

Le titre de ce billet a été emprunté à Henri Cambon, dont le livre, publié en 2023 aux Éditions L'Harmattan, est consacré à Eugène Lavieille et à son empreinte artistique, « De l'école de Barbizon au pré-impressionnisme ».

Élève de Corot, il fut peintre paysagiste, épris de la nature qu’il a abordée en véritable poète, et qu’il peignit par tous les temps, en toutes saisons ... Admiré pour ses tableaux de « nuits », il est remarquable dans ses peintures printanières ou de plein été, par sa sensibilité aux jeux de lumière et dans le choix et l’harmonie des couleurs.

—Éditions L'Harmattan, Eugène Lavieille, peintre poète de la nature

Dans son œuvre « Sur les bords de la Seine à Lévy » (1884), exposée au Fitzwilliam Museum de Cambridge au Royaume-Uni, le peintre dépeint un ciel nuageux occupant la moitié de la toile. Quelques maisons émergent d'un milieu naturel prégnant aux multiples nuances de vert. Eugène Lavieille montre ici un goût certain pour les arbres et la nature, n'oubliant pas de faire figurer des vaches et un paysan.

Sur les bords de la Seine à Lévy d'Eugène Lavieille - 1884
Sur les bords de la Seine à Lévy d'Eugène Lavieille - 1884 - Fitzwilliam Museum, Cambridge

Biographie d'Eugène Lavieille

Fils d'un tapissier à façon et frère cadet du graveur sur bois Jacques Adrien Lavieille (1818-1862), Eugène Lavieille commence sa carrière comme peintre décorateur avant de se tourner vers l'art. En 1841, il intègre l'atelier de Jean-Baptiste Camille Corot, qui devient son maître, puis son ami. Il se consacre exclusivement à la peinture et participe au Salon dès 1844. Il se marie en 1847, mais sa première épouse décède en 1848 peu après la naissance de leur fils Adrien. Il se remarie en 1852 et poursuit sa carrière malgré des difficultés financières.

Amoureux de la nature, il peint en extérieur sur le motif par tous les temps, explorant des thèmes comme les arbres, les forêts, les champs, les étangs, les fermes, les rues de hameaux, les bords de rivière, les bateaux sur la grève et les côtes plates de Berck dans le Pas-de-Calais. Il évoque la vie rurale avec des scènes de paysans au travail, de troupeaux, de vaches paissant ou traversant un gué, de biches et de chevreuils dans les bois.

Dans la campagne d'Eugène Lavieille - 1848
Dans la campagne d'Eugène Lavieille - 1848

Il excelle dans les représentations hivernales, nocturnes, avec des cieux tristes, de la neige, des arbres dépouillés et des éclairages spécifiques de décembre et janvier, mais peint aussi le printemps avec des arbres en fleurs et des cieux bleus. Sa palette est variée et lumineuse.

Paysage de neige d'Eugène Lavieille - 1871
Paysage de neige d'Eugène Lavieille - 1871

Il réalise également des dessins de grande qualité, fins et précis. Vers 1847, il peint avec le Groupe de L'Isle-Adam. En 1852, il s'installe à Barbizon pendant environ quatre ans, participant à l'École de Barbizon. Il peint ensuite à La Ferté-Milon et ses environs de 1856 à 1859 (et y retourne), à Ville-d'Avray dans le Perche en Normandie, sur la côte basque, en Seine-et-Marne près de Moret-sur-Loing, et à la fin de sa vie à Courpalay. Il peint aussi à Montmartre dès 1848, où il revient et s'installe.

Il participe à de nombreux Salons et expositions, en province notamment. Plusieurs de ses tableaux sont acquis par l'État ou des collectivités, conservés dans des musées en France (Marseille, Lille, Moulins, Dijon, Nantes, Melun, Guéret, Alençon, Rouen, Grenoble) et à l'étranger (Cambridge, Metropolitan Museum of Art de New York).

Des critiques comme Charles Baudelaire et Théophile Gautier s'intéressent à son travail, menant à une reconnaissance croissante. Nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1878 après l'exposition de La Nuit à La Celle-sous-Moret, tableau acquis par l'État et conservé au musée de Melun.

Il vit de la vente de ses tableaux, organisant des ventes. Cependant, peindre en extérieur par tous les climats affecte sa santé, et ses conditions de vie difficiles contribuent à sa mort en 1889. À sa mort, plus de deux cents tableaux restent dans son atelier, représentant une part importante de son œuvre vaste.

Sa vocation est poursuivie par son fils Adrien Lavieille (1848-1920), peintre paysagiste, sa fille Marie Ernestine Lavieille (née en 1852, mariée au sculpteur Charles Georges Ferville-Suan), et sa petite-fille Andrée Lavieille. Il est inhumé au cimetière Saint-Vincent de Montmartre, dans la 12e division.

Barbizon sous la neige - 1855
Barbizon sous la neige - 1855 - Auberge Ganne (Musée départemental de l'École de Barbizon)

Formation et influences de l'école de Barbizon

Eugène Lavieille est fortement influencé par son maître Camille Corot, dont il devient un élève fidèle et un ami. Il participe au mouvement de l'école de Barbizon, avec des interactions étroites avec Jean-François Millet, Théodore Rousseau, Charles-François Daubigny, Narcisse Díaz de la Peña, Constant Troyon, Jules Dupré, Félix Ziem, Antoine Chintreuil, Léon Brunel-Rocque, Frédéric Henriet, et Honoré Daumier. Il confirme, une fois de plus, l'intérêt des peintres pour la forêt de Fontainebleau au XVIIIe et XIXe siècle.

Lire l'article : Les origines de la critique sociale en peinture, de Goya à Daumier

Il est aussi en relation avec l'homme de lettres Charles Asselineau, et les photographes Nadar et Étienne Carjat

Des critiques comme Charles Baudelaire et Théophile Gautier contribuent à sa reconnaissance. Il est considéré comme un peintre pré-impressionniste, évoluant de l'École de Barbizon vers des approches plus modernes.

Lire l'article : Le Musée départemental des peintres de Barbizon en Seine-et-Marne

Œuvres principales

Parmi ses œuvres notables, un grand nombre seront présentées lors de salons, pendant 55 ans, de 1844 à 1889, établissant sa notoriété et lui procurant une source de revenus afin d'échapper à la pauvreté, laquelle compromettait la carrière artistique de la plupart des peintres au XIXe siècle :

  • Paysage, site de Fontainebleau (Salon 1844)
  • Vue prise à Radepont, dans la vallée de l'Andelle (Eure) (Salon 1845)
  • Un soir : souvenir de la vallée de l'Andelle, Radepont (Eure) (Salon 1848)
  • Verger, vue prise à Tancarville (Seine-Inférieure) (Salon 1848)
  • Cabane de pêcheur, vue prise à Tancarville (Seine-Inférieure) (Salon 1848)
  • Un soir (Salon 1849)
  • Après l'orage ; souvenir de Fontainebleau (Salon 1849)
  • Vue prise au plateau de Marlotte (Salon 1849)
  • Vue prise au plateau de Belle-Croix (forêt de Fontainebleau) (Salon 1850)
  • Hangar à Savigny-sur-Orge (Salon 1850)
  • Vue prise au carrefour de l'Épine (forêt de Fontainebleau) (Salon 1850)
  • Vue prise à Montmartre (Salon 1850)
  • Étude ; Gorge-aux-Loups (Fontainebleau) (Salon 1850)
  • Intérieur de forêt ; vue prise à Fontainebleau (Salon 1852)
  • Entrée de Barbizon par la porte aux Vaches ; forêt de Fontainebleau (Salon 1853)
  • Intérieur de cour à Barbizon, près Fontainebleau (Salon 1853)
  • Barbizon ; paysage (Salon 1855)
  • Barbizon (Salon 1855)
  • Soleil couchant ; une crue en décembre (Salon 1857)
  • Paysage ; après-midi (Salon 1857)
  • Un soir aux étangs de Bourcq (Aisne) (Salon 1859)
  • L'étang et la ferme de Bourcq : lisière de la forêt de Villers-Cotterets (Aisne) (Salon 1859)
  • Le hameau de Buchez ; route de La Ferté-Milon à Longpont (Aisne) (Salon 1859)
  • Les ruines du château de La Ferté-Milon (Salon 1859)
  • À Précy-à-Mont (Oise) (Salon 1859)
  • Une matinée des premiers jours de mai, lisière de forêt à Villers-Cotterets (Salon 1861)
  • Octobre. La route de Waban à Berck (Pas-de-Calais) (Salon 1861)
  • Décembre. Les derniers rayons à Précy-à-Mont (Oise) (Salon 1861)
  • Souvenir de Pierrecourt (Seine-Inférieure) (Salon 1863)
  • Une soirée d'octobre à Lardy (Seine-et-Oise) (Salon 1863)
  • Matinée d'avril ; souvenir d'un bois près La Ferté-Milon (Aisne) (Salon 1864)
  • Soirée de janvier ; souvenir du chemin de Pierrecourt à Nelle-Normandeuse (Salon 1864)
  • Le printemps ; souvenir des environs de La Ferté-Milon (Aisne) (Salon 1865)
  • L’automne ; souvenir de Normandie (Salon 1865)
  • La pointe de l'île Saint-Ouen ; effet du soir (Salon 1866)
  • La route de Waban par un temps de neige (Salon 1868)
  • Les bouleaux (Salon 1868)
  • La fenaison ; matin (Salon 1869)
  • Vaches traversant un gué, le soir. Souvenir des marais de la Bresle, à Nesle (Salon 1869)
  • Pacage normand (Salon 1870)
  • Les fougères ; forêt (Salon 1870)
  • Pierrefonds en 1858, côté ouest ; aquarelle (Salon 1870)
  • Pierrefonds en 1858, côté nord ; aquarelle (Salon 1870)
  • La moisson à l'heure de midi (Salon 1872)
  • Crépuscule, en hiver, à Arsy (Oise) (Salon 1873)
  • Le château de Chamarande (Seine-et-Oise) (Salon 1874)
  • Une soirée de septembre dans la forêt de Fontainebleau (Salon 1874)
  • Un soir d'hiver (Salon 1875)
  • L'aurore (Salon 1876)
  • Le crépuscule (Salon 1876)
  • Une matinée de mai ; forêt de Fontainebleau (Salon 1877)
  • La nuit ; La Celle-sous-Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne) (Salon 1878)
  • Bouleaux au rocher Besnard ; forêt de Fontainebleau (Salon 1879)
  • La Maison-Rouge, au Perreux (Seine) (Salon 1879)
  • Une nuit d'octobre, sur le pont de la Corbionne, à Moustiers-au-Perche (Orne) (Salon 1880)
  • Au Libero (Perche) (Salon 1880)
  • Crue de la Corbionne à Bretoncelles (Orne) (Salon des artistes français 1881)
  • Entrée de la forêt de Voré au Libero (Orne) ; automne (Salon des artistes français 1882)
  • Les Sablons près Moret-sur-Loing (Seine-et-Marne) ; la nuit (Salon des artistes français 1882)
  • Nuit d'été, à Moret-sur-Loing (Salon des artistes français 1885)
  • L'hiver ; montée des Coulineries au Libero ; Moutiers-au-Perche (Salon des artistes français 1886)
  • La nuit ; à Courpalay (Seine-et-Marne) (Salon des artistes français 1888)
  • Le repos de la terre ; premières neiges, à Courpalay (Seine-et-Marne) (Salon des artistes français 1888)
  • Entrée de la forêt de Voré, par le Libero (Orne) (Salon des artistes français 1889)
Le Village de La Celle-sous-Moret, Eugène Lavieille - Année inconnue
Le Village de La Celle-sous-Moret, Eugène Lavieille - Année inconnue - Metropolitan Museum of Art, New York

Style et thèmes

Le style de Lavieille est caractérisé par une peinture en plein air, influencée par Corot et l'école de Barbizon. Il capture les effets de lumière, les saisons et les atmosphères avec une sensibilité poétique. Ses thèmes récurrents incluent les paysages hivernaux, nocturnes, et ruraux, reflétant une profonde connexion avec la nature.

Héritage artistique

L'héritage de Lavieille se perpétue à travers sa famille et ses œuvres dans les musées. Il représente une transition entre le romantisme et l'impressionnisme, influençant les générations futures par sa dévotion à la peinture sur le motif.

Eugène Lavieille reste un peintre essentiel pour comprendre l'évolution de l'art paysagiste français au XIXe siècle. Son œuvre invite à une contemplation des beautés naturelles, et son engagement artistique inspire encore aujourd'hui.

Il fit partie de ce qui a été appelé « l’école de Barbizon ». Cependant, certaines de ses peintures annoncent les impressionnistes.

—Éditions L'Harmattan, Eugène Lavieille, peintre poète de la nature

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