La peinture de paysage en Italie, de la renaissance au XIXe siècle
La peinture de paysage en Italie, de la renaissance au XIXe siècle
Sur le blog de l'association PAIP'Art, la peinture de paysage occupe une place prépondérante, retraçant l'histoire, parfois chaotique, de ce genre artistique autrefois relégué à un rang subalterne. Plusieurs périodes clés de cet art figuratif ont été survolées, au travers de peintres emblématiques représentant chaque époque. Depuis les paysages de Claude Lorrain, en passant par Nicolas Poussin, John Constable, les ciels changeants d'Eugène Boudin, Camille Corot, Théodore Rousseau, l'école de Barbizon, la Hudson River School, et jusqu'à Alfred Sisley, Pierre-Auguste Renoir, Berthe Morisot, Camille Pissarro, Édouard Manet, Claude Monet, et l'impressionnisme, c'est l'histoire de ce genre pictural remarquable que nous célébrons sur ce blog.
Parmi les pionniers de la peinture de paysage, inspirés par l'Italie, les influences italiennes dans l'œuvre du peintre Claude Lorrain signalent la prépondérance des paysages italiens comme source d'apprentissage pour de nombreux peintres venus se former à Rome, Venise, en Toscane ou à Florence. L'occasion se présente de se pencher sur trois siècles de peinture de paysage de l'autre coté des Alpes.
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Introduction à l'évolution du paysage italien en peinture
La peinture de paysage en Italie illustre la magnificence d'un chapitre fascinant de l'histoire de l'art, marquant un passage progressif d'un rôle secondaire à un genre autonome et expressif culminant parmi les sommets de l'art pictural.
Dès la Renaissance au XVe siècle, le paysage cesse d'être un simple arrière-plan pour les scènes religieuses ou mythologiques classiques et commence à acquérir une identité propre, influencée par les avancées scientifiques, les explorations géographiques et les changements philosophiques. Au fil des siècles, et jusqu'au XIXe siècle, il reflète les mutations sociales, les idéaux esthétiques et les sensibilités artistiques, passant d'une représentation idéalisée à des visions plus romantiques et dramatiques, devenant même un véritable exutoire pour les peintres défenseurs de la nature.
À la Renaissance, les artistes italiens, inspirés par l'humanisme et la redécouverte de l'Antiquité, intègrent dans leurs toiles le paysage comme un élément harmonieux qui soutient la narration humaine. Leonardo da Vinci, par exemple, utilise le paysage afin de créer une profondeur atmosphérique, préfigurant les techniques futures. Au XVIe siècle, avec Giorgio Barbarelli, dit Giorgione, le paysage gagne en poésie et en mystère, devenant presque le sujet principal. Le Baroque, au XVIIe siècle, apporte un dynamisme avec des artistes comme Salvator Rosa, qui imprègnent leurs toiles d'une nature sauvage et tourmentée. Enfin, au XVIIIe et XIXe siècles, Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto, s'empare de la beauté urbaine avec précision, tandis que des peintres comme Giuseppe De Nittis s'approchent de l'impressionnisme en exaltant les effets lumineux fugaces.
Cette évolution n'est pas linéaire mais influencée par des contextes régionaux. La Toscane (région de Florence) pour la Renaissance, Venise pour ses vues lagunaires, Rome pour le classicisme, et les Pouilles ou Naples pour les influences modernes, brillent et attirent nombre de peintres venus se former. Les peintres italiens innovent en matière de perspective, de lumière et de couleur, influençant l'art européen. Cette trajectoire unique est vue ici à travers cinq peintres emblématiques, dont Leonardo da Vinci, Giorgione, Salvator Rosa, Canaletto et Giuseppe De Nittis, tous présents dans les plus grands musées d'art au monde.
L'émergence du paysage à la Renaissance avec Leonardo da Vinci
Leonardo da Vinci (1452-1519), figure centrale de la Renaissance italienne, révolutionne la représentation du paysage en l'intégrant comme un élément vivant et scientifique. Ses études sur l'atmosphère, la géologie et la botanique transparaissent dans ses œuvres, où le paysage n'est plus un décor statique mais un espace dynamique qui interagit avec les figures humaines.
L'œuvre « Paysage de la vallée de l'Arno » (1473), conservée aux Offices de Florence, est considérée comme le premier dessin pur de paysage dans l'art occidental. Réalisé à la plume et à l'encre, il représente les collines toscanes avec une précision topographique et une sensibilité à la lumière. Leonardo note la date : « Le jour de Notre-Dame des Neiges, le 5 août 1473 », marquant son observation directe de la nature.
Dans l’observation de la nature, la peinture tient une place à part dans l’œuvre du maître.
—Musée du Louvre, Autour de Léonard de Vinci
Ce dessin illustre l'approche scientifique de Leonardo, avec une perspective aérienne qui estompe les lointains, préfigurant le sfumato (technique utilisée en peinture afin de produire des contours imprécis au moyen de glacis). Le paysage, sans figures humaines, affirme son autonomie, symbolisant l'harmonie entre l'homme et la nature, un idéal renaissant. Sa composition fluide, avec rivières sinueuses et collines ondulantes, évoque un monde vivant, qui va influencer de nombreuses générations de peintres.
La poésie vénitienne au XVIe siècle avec Giorgione
Giorgione (1477-1510), maître de l'école vénitienne, élève le paysage à un niveau poétique où il devient un véhicule d'émotions et de mystères. Influencé par la lumière lagunaire, il crée des atmosphères énigmatiques, fusionnant figures et environnement dans une harmonie tonale.
« La Tempête » (vers 1508), conservée à la Gallerie dell'Accademia de Venise, est un chef-d'œuvre énigmatique. Une femme nue allaite un enfant à droite, un homme debout à gauche, séparés par un ruisseau, sous un ciel orageux menaçant une ville lointaine.
The Tempest is one of the most enigmatic paintings in the history of Western art. The subject remains unknown, as the original title of the work has been lost.
—Gallerie dell'Accademia, The Tempest
Le paysage domine, avec un éclair illuminant l'atmosphère chargée, créant une tension dramatique. Giorgione emploie des tons verts et bleus pour une unité de tons, le paysage symbolisant peut-être l'instabilité humaine face à la nature. Sans narration claire, l'œuvre invite à la contemplation poétique, marquant le passage au paysage comme sujet principal.
Le dramatisme baroque au XVIIe siècle avec Salvatore Rosa
Salvatore Rosa (1615-1673), artiste napolitain, incarne le Baroque avec des paysages sauvages et romantiques, reflétant une nature indomptée et les tourments intérieurs. Ses œuvres, souvent peuplées de figures mythologiques, expriment un sublime terrifiant.
« Paysage avec Tobie et l'Ange » (vers 1670), à la National Gallery de Londres, illustre une scène biblique dans un cadre tumultueux de rochers et de nuages.
In the apocryphal Book of Tobit, Tobias travels to the city of Media... This scene, however, is freer and more spontaneous in style.
—National Gallery, Landscape with Tobias and the Angel
Salvatore Rosa utilise des contrastes lumineux pour dramatiser le paysage, avec arbres tordus et eaux agitées symbolisant le danger. Les figures minuscules accentuent la grandeur de la nature, préfigurant le romantisme. Cette œuvre reflète l'esprit rebelle de Rosa, opposant la fragilité humaine à la force élémentaire.
La précision védutiste au XVIIIe siècle avec Canaletto
Canaletto (1697-1768), védutiste vénitien, excelle dans les vues précises de Venise, combinant topographie exacte et atmosphère lumineuse. Ses œuvres répondent à la demande des touristes, mettant en lumière l'essence urbaine et lagunaire.
« Le Bassin de San Marco le jour de l'Ascension » (vers 1740), exposé à la National Gallery de Londres, dépeint une cérémonie vénitienne avec une vue panoramique.
Looking across the basin of San Marco, this vast view captures the scale and splendour of a ceremony taking place along the waterfront. Boats carrying spectators and animated gondoliers surround the gold and red state barge or Bucintoro, its upper deck crowded with figures.
—National Gallery, Venice: The Basin of San Marco on Ascension Day
Canaletto emploie une perspective linéaire et une lumière claire pour rendre la scène vivante et détaillée. Le paysage urbain, avec l'eau reflétant le ciel, fusionne architecture et nature, célébrant la gloire de Venise. Cette précision topographique influencera grandement les vues urbaines postérieures.
L'approche impressionniste au XIXe siècle avec Giuseppe De Nittis
Giuseppe De Nittis (1846-1884), originaire des Pouilles et installé à Paris, rapproche la peinture de paysage italienne de l'impressionnisme français. Influencé par les Macchiaioli puis par Degas et Manet, il peint les effets de lumière fugaces et la vie moderne, en plein air, avec une touche étonnante et des couleurs vives.
« Lungo l'Ofanto » (1870) représente un paysage des Pouilles le long de la rivière Ofanto, avec une lumière méditerranéenne intense et des touches rapides évoquant l'impressionnisme.
Apulia in the work of Giuseppe De Nittis, Italian impressionist from Barletta to the conquest of the great metropolises.
—Finestre sull'Arte, Apulia in the work of Giuseppe De Nittis
Giuseppe De Nittis utilise des contrastes lumineux et une composition ouverte pour transmettre l'immensité de ce paysage italien, avec une attention aux effets atmosphériques. Cette œuvre marque sa transition vers une peinture plus libre, influencée par le plein air, et préfigure ses vues parisiennes ou londoniennes brumeuses, liant tradition italienne et modernité impressionniste.
Héritage et influences durables
De la Renaissance au XIXe siècle, la peinture de paysage en Italie évolue d'un élément narratif à un genre indépendant, reflétant les idéaux humanistes, baroques, romantiques et impressionnistes. Les œuvres de Leonardo, Giorgione, Rosa, Canaletto et De Nittis illustrent cette progression, influençant l'art à l'échelle planéraire. Aujourd'hui, ces paysages inspirent toujours, rappelant la connexion profonde entre l'art et la nature.
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